Cruviers-Larnac

Voici un moyen facile pour mieux faire connaissance et échanger sur la région, la famille, les amis et que sais-je encore et..peut-être... vous inciter à visiter notre Midi...!

22 septembre 2009 - l'Automne

22 septembre 2009 - l\
Stenbergia lutea ou crocus jaune d'automne, surnommée "la vendangeuse "

Situation géographique


Agrandir le plan Pour ceux qui n'arrivent pas à paramétrer leur GPS.. Longitude : 4° 23 41 Lattitude : 44° 03 35 Altitude : 184 mètres au mileu de la cour de la maison

Cruviers Pâques 2009

Cruviers Pâques 2009

Historique

DOMAINE de CRUVIERS-LARNAC
d'après les renseignements recueillis par Monsieur d’Albiousse au château ducal ou chez les notaires.
(21 Juin 1905) et complétés par d'autres recherches plus récentes


Les armoiries de Cruviers sont:
"De vair à un chef losangé d'or et d'azur"
( armorial du diocèse d'Uzès
)

Cruviers est un fief relevant du château ducal d’Uzès, appartenant en 1585 à Louis de Bargeton, seigneur de Cabrières ( ou de Labaume) et de Montaren.
Armoiries Bargeton: d'azur au chevron d'or, accolé en pointe d'une rose d'argent, au chef de gueules, chargé de trois croisettes d'argent .
Devise : Juncta placent
Marié en 1608 à Marguerite de Massane, Louis de Bargeton n’eut pas d’enfants. Il Iaissa la seigneurie à son neveu, Pierre de Narbonne Caylus, baron de Lunas .Celui-ci vendit Cruviers, avec un pigeonnier noble, le 16 Mars 1693, à Pierre Larnac, écuyer, habitant Uzès.
1693 La fille de Pierre Larnac écuyer, Louise, épousa Jacques Israël Delgas qui devint ainsi seigneur de Cruviers.
Jacques Israël Delgas fut accusé d'avoir caché le Pasteur Pradel. Il est arrêté et enfermé au fort de Brescou.
Le couple Delgas a une fille, Marie-Françoise qui est baptisée le 20 septembre 1745 à Uzès, paroisse Saint Etienne. Sur les différents actes elle porte le titre de "seigneuresse de Cruviers". Elle se marie avec Louis de Broche, le 20 avril 1774. En 1788 noble Louis de Broche, chevalier, était seigneur de Cruviers.
Armoiries de Broche: d'azur à un oranger dans une caisse de même, posé sur une terrasse de sable, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d'argent.

24 Fructidor An V un partage attribue une part du territoire de Cruviers à Marie Rose Larnac. Une parcelle du lot revenant à celle-ci confronte Veuve Broche (Il est probable que cette veuve Broche est la veuve d’un de Broche dont le nom s’est altéré pendant la Révolution, peut-être Louis de Broche).
Le domaine était donc à cette époque, partie aux Larnac, partie aux de Broche (peut-être d’autres encore).Acte reçu par Me Delafont notaire à Uzès et Me Cade notaire à St Quentin.

Biens Larnac:

3 Août 1833 Marie Rose Larnac fait donation de ses biens à un sieur Valentin ( bien détaillés dans le partage du 24 Fructidor An V ; mais elle devait en avoir d’autres comme le constate l’acte suivant.)
Acte reçu par Me Dufour notaire à Uzès.
1er Mai 1835 Acte de partage entre les hoirs Larnac.
Il y avait donc à cette époque à Cruviers, de Broche, Larnac et Valentin.
Acte reçu par Me Moustardier notaire à Uzès 1er Octobre 1837
Valentin vend tout son domaine à Daniel de Broche. Il n’y a plus que deux propriétaires : de Broche et Larnac.
1837 Pierre Paul Larnac devient héritier des biens Larnac1838. Il meurt à Montaren, instituant sa femme légataire universelle.
Testament reçu par Me Delafont notaire à St Quentin le 20 Mai 1838.
17 Août 1881 La femme Roman (Veuve Larnac) vend ses biens à Prosper Louis Bonnaud, gendarme en retraite.
Acte reçu par Me Dumas notaire à Uzès.
14 Janvier 1894 Prosper Louis Bonnaud meurt. Son bien reste indivis entre 6 héritiers.
19 Avril 1896 Achat aux dits héritiers par Monsieur Edmond Rode, des biens qu’ils avaient en enclave dans la partie Est de Cruviers. (partie attribuée à Madame Rode dans la succession de son père Monsieur Charles d’Amoreux).
Vers la même époque, achat aux mêmes héritiers, par Monsieur Fournier, propriétaire à Vaugrand, commune de Montaren, de toutes les enclaves situées dans la partie Ouest de Cruviers (part de Madame Bayle). Ces enclaves sont encore actuellement à Monsieur Fournier ( en 1905 ).

Biens de Broche :

Daniel de Broche, dit le Chevalier de Broche, décède à Cruviers le 28 mai 1843. Il est célibataire et sans descendance. Il est enterré sur place à Cruviers.
En 1846 pour régler sa succession, un rapport d’experts est établi (19 Novembre 1846) contenant partage entre les héritiers de Broche qui sont :
- A - Madame Milliet de Balazuc, née de Lattes de Luziers
- B - Madame Couderc née de Latour Lisside
Les armes de la Tour Lisside selon l'Armorial du diocèse de Nîmes sont :
" D'or à une tour maçonnée de sable, au chef cousu d'argent chargé de deux étoiles et d'un croissant d'azur"
- Madame Martin née de Latour Lisside
- Monsieur Marc Antoine de Latour Lisside
- Les enfants de Mallian , Jules, Amédée, Hélène religieuse et Auguste, nés sans doute d’une autre dame de Latour Lisside.
Entre 1846 et 1851, Madame Martin et Monsieur Marc Antoine de Latour Lisside étant morts, leur part revient partie à Madame Couderc, partie à la branche de Mallian.
Madame Couderc meurt à son tour. La part revient à ses enfants :
- Adrien Couderc chanoine à Nimes
- Jean Victor Adolphe
- Léopold
- Madame Jules de Mallian
10 Avril 1851 par acte sous seing privé signé au château de Cruviers, Madame Milliet de Balazuc vend sa part au chanoine Couderc.
Acte sous seing privé fait en double au château de Cruviers, enregistré à Uzès le 3 Mai 1852 et déposé dans les minutes de Me Moulin, notaire à Uzès.
A la même époque, Monsieur Auguste de Mallian cède sa part au chanoine Couderc.
Restent donc en 1852 les possesseurs suivants des terres de Cruviers ayant appartenu à Monsieur Daniel de Broche :
1/ Le chanoine Couderc pour les 2/3
2/ Les frères Jean Victor Adolphe, Léopold et sa sœur Madame de Mallian.
3/ Ses cousins Jules de Mallian, Amédée de Mallian et Hélène de Mallian.
13 Novembre 1854 vente de toute la partie de Cruviers ayant appartenu à Daniel de Broche, par les héritiers Couderc et de Mallian, à Monsieur Jean Charles d’Amoreux. Acte reçu par Me Conte notaire à Nimes.
Armoiries d'Amoreux: De gueules au coeur d'or accolé en pointe d'un croissant d'argent, au chef d'azur, chargé de deux flèches d'argent, posées en sautoir, accostées de deux étoiles du même.
22 Février 1880 décès de Monsieur Jean Charles d’Amoreux.
2 Mai 1882 partage sous seing privé entre les deux filles du précédent, Madame Rode et Madame Bayle.
Madame Rode a la partie Est, Madame Bayle la partie Ouest.

10 Mars 1891 Décès de madame Rode
6 Octobre 1892 Dans un partage entre les quatre enfants de madame Rode, le domaine est attribué indivisiblement à Maurice Rode et à Madeleine Rode.
16 Septembre 1895 dans un partage entre Monsieur Maurice Rode et Mademoiselle Madeleine Rode, le domaine est attribué en entier à Monsieur Maurice Rode.
Acte enregistré à Nevers le 9 Octobre 1895
19 Avril 1896 Achat par Monsieur Maurice Rode aux héritiers Bonnaud, de la partie des biens Larnac enclavés dans son domaine.
7 Mai 1900 Décès de Madame Bayle. Ses enfants Monsieur Charles Bayle etMadame Tribes recueillent sa succession et restent indivis.
23 Novembre 1901 Vente par Monsieur Charles Bayle et Madame Tribes de leur Domaine de Cruviers (partie Ouest)à Monsieur le Docteur Gourbeyre, d’Ambert, beau-père de Monsieur Maurice Rode, possesseur de la partie Est du domaine.
Acte passé devant Me Carrière notaire à Nimes

En résumé, sont possesseurs actuels, en Juin 1905

Partie EST - Monsieur Maurice Rode
Partie OUEST - Monsieur Gourbeyre
Avec quelques enclaves situées dans la partie Ouest, propriétés de Monsieur Fournier, de Vaugrand .
A la mort du Docteur Gourbeyre, Monsieur et Madame Maurice Rode deviennent donc propriétaires de l'ensemble du domaine.

Le commandant Maurice Rode décède en 1914 , tué au Champ d'Honneur.

La propriété de Cruviers, revient à sa fille Marie Rode.

Marie Rode épouse Aloïs Stengel.

En 1978, à la mort de Marie Rode épouse Stengel, la propriété est divisée en sept parts correspondants à ses sept enfants.

De tout ceci, il résulte qu’il y a eu autrefois, avant la Révolution, au 17ème siècle, comme possesseur de Cruviers, une famille Larnac, écuyer. Cette famille a du décliner. La plupart des terres sont allées aux de Broche qui en étaient devenus seigneur en 1788. Cependant il y avait encore simultanément, à l’époque de la Révolution et jusqu’en 1846, des Larnac et des de Broche.
Les de Broche avaient la maison de maître et la ferme d’en haut.
Les Larnac ( et incident Valentin) habitaient le bâtiment à peu près en ruines sur le chemin de Saint Quentin à Saint Médiers. Ce sont ces bâtiments qui furent soufflés par une bombe, au moment de la Libération, fin août 1944. Les ruines furent alors aménées sur ce qui est aujourdhui le terre-peine servant de parking à gauche de la route de St Quentin à St Médiers.
En dédommagement on construisit, sans concertation et sans réflexion préalable, un hangar en béton avec trois grandes ouvertures et une petite maison attenante, ainsi qu'un silo à grains, adossé au vieux pont qui donne accès au grenier. Ils avaient aussi la maison sur la grande route (cédée à la famille Barthélémy), et le jardin de la fontaine des platanes. Après quelques années qui suivent la mort de monsieur de Broche, la situation était rétablie ainsi : Charles d’Amoreux ayant la maison de maître et la ferme d’en haut, la Veuve Larnac ayant les mauvais bâtiments sur le chemin de St Quentin à St Médiers et des terres enclavées un peu partout.

Un plan de géomètre daté de 1887 montre bien ces bâtiments ( la maison de maître et la ferme ainsi que les bâtiments "Larnac") le paillier et la bergerie n'existant pas à ce moment et étant de construction plus récente, comme on peut le démontrer en observant l'encadrement de la porte du paillier qui est strictement de même facture que la porte de la bergerie. De même, les pilliers en pierre du pailler sont les mêmes que ceux au dessous de l'ancienne magnanerie. De plus l'usage des poutres en fer dans les deux cas, prouve la construction récente de ces bâtiments.

La décadence des Larnac s’est achevée par la succession Bonnaud qui a fini par revenir au domaine principal (sauf quelques enclaves à Fournier).

En Juin 1905, Monsieur Rode a la partie Est, son beau-père la partie Ouest (sauf enclaves Fournier).Madame Rode étant fille unique, le domaine sera ainsi reconstitué un jour par la réunion des parties Est et Ouest.

Etat de la situation des titres de propriété au moment de l’achat de Cruviers par Monsieur Jean Charles d’Amoreux

Le domaine de Cruviers dépendait de la succession de feu Monsieur Daniel de Broche, propriétaire, quand vivait en son château de Cruviers. Il fut transmis à titre héréditaire, pour moitié à Madame Louise Françoise Claire de Natte de Luziers, veuve de Monsieur François Milliet de Balazuc, comme seule parente dans la ligne maternelle,et pour l’autre moitié, conjointementà Madame Elisabeth Françoise de Latour Lisside, veuve de Monsieur Couderc, demeurant au château des Andiras, près de Castelnaudary,à Dame Louise de Latour Lisside, veuve de Monsieur Martin, demeurant au Vigan, et à Monsieur Antoine de Latour Lisside, ancien capitaine d’artillerie, demeurant à Toulouse. Madame Martin et Monsieur de Latour Lisside sont décédés successivement, et leur succession a été transmise à Madame Couderc leur sœur, à Messieurs de Mallian frères, et à Mademoiselle Hélène de Mallian, ses neveux et nièces.
Par acte sous seing privé, fait en double au château de Cruviers le 10 Avril 1851, enregistré à Uzès, folio 43, le 3 Mai 1852 et déposé dans les minutes de Maître Moulin, notaire à Uzès, madame Milliet de Balazuc a vendu à Adrien Couderc, chanoine de la Cathédrale de Nimes, la moitié lui appartenant dans le Domaine de Cruviers, de sorte que ce dernier se trouve propriétaire (en 1854 au moment de la vente à Monsieur Charles d’Amoreux) de la moitié du domaine, sans préjudice de sa part indivise avec ses frères et sa sœur, dans l’autre moitié, et encore de la part qui lui a été cédée par Auguste de Mallian, par acte passé devant Maître Gendre, notaire au Vigan.

Il résulte de tout ceci :
1/ que le Chevalier de Broche est vraisemblablement mort vers 1842
2/ Le domaine de Cruviers-Larnac a été expertisé et partagé en 1846 en deux parts, l’une à Madame Milliet de Balazuc, l’autre à la branche de Latour Lisside, dont les représentants étaient Madame Couderc, (née de Latour Lisside) Madame Martin (née de Latour Lisside), Monsieur Marc Antoine de Latour Lisside, les enfants de Mallian ( Madame de Mallian décédée, était née Latour Lisside).
3/ Après le décès de Madame Martin et de Monsieur Marc Antoine de Latour Lisside, restent du côté des Latour Lisside, Madame Couderc et les enfants de Mallian.
4/ Après le décès de Madame Couderc, restent les enfants Couderc et les enfants de Mallian.
5/ Adrien Couderc, Chanoine, achète la part de Madame Milliet de Balazuc.
6/ Adrien Couderc achète la part d’Auguste de Mallian .
Restent donc comme héritiers et vendeurs à Monsieur Charles d’Amoreux:
A - Le Chanoine Adrien Couderc pour 22.5/36
B – Les autres enfants Couderc pour 9/36C et les enfants de Mallian sauf Auguste pour 4.5/36

Ce document sur la base d'une recherche dans les archives ducales par Lionel d'Albiousse et dans les archives notariales a été complété et rectifié en fonction de nouveaux éléments trouvés dans différentes archives et dûment vérifiés avant publication dans ce blog.


Le massacre de Cruviers - 13 septembre 1703


Eléments sur l’histoire de Cruviers et l’attaque des camisards des 1703

D’Après le livre de Marcel Pin « Jean Cavalier » 25 novembre 1681 - 17 mai 1740 paru chez Chastanier frères et Améras imprimeurs à Nîmes 12 rue Pradier en 1936 - Reédition de Laffite Reprints Marseille 1980 p 256
Marcel Pin est né à Alès en 1887 dans une famille de bons notables protestants. Il est avocat
.

Le contexte :

Au mois d’août 1703 Bâville est préoccupé, il cherche une solution qui termine la révolte sans ruiner les contribuables.
L’Intendant a demandé une Ordonnance Royale permettant d’envoyer aux galères, sur le champ, tous les nouveaux convertis de 15 à 55 ans, trouvés hors de leurs paroisses sans passeport. ( copie de cette Ordonnace fut envoyée par Chamilard à Montrevel le 10 septembre. Un exemplaire imprimé, daté du 11 septembre, se trouve aux Archives de Toulouse HL 1792)
Toujours persuadé de la complicité des bourgeois, Bâville a demandé également l’autorisation de leur imposer une contribution de 200.000 livres, cette somme permettra de secourir les anciens catholiques ( le Roi autorisa cette impostion. Note manuscrite de Chamillard sur la lettre de Montrevel du 16 septembre A.G 1708 111)
Enfin l’Intendant a proposé le « razement » de trente et une paroisses cévenoles, il veut, depuis la Lozère jusqu’à l’Aigoual, dépeupler et ruiner la montagne.
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Il faut transformer le pays en désert et que les rebelles n’y puissent plus trouver abri ni subsistance ; tous les villages en sont pauvres et rapportent de maigres impôts, le Roi n’aura pas trop à souffrir de leur dévastation.
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Montrevel, sans croire qu’il puisse suffire à calmer la révolte, approuve le projet de Bâville .
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La Cour hésite . Le 22 août La Vrillière informa Bâville que le Roi va se déterminer à permettre le dépeuplement. Avec une incompréhension totale de la situation, le secrétaire d’Etat aux affaires de la Religion prétendue Réformée demande à l’intendant de lui adresser un état exact des habitants qui vont être ainsi ruinés.
Le 30 août les puissances se réunissent à Alais et décident les détails du rasement en attendant l’autorisation de commencer.
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Les 13 .000 habitants des 31 paroisses seront rassemblés et conduits fort doucement. A Mèze, Lunel, Lodève, Béziers, casernes ou manufactures sont aménagées et prêtes à les recevoir, la cité de Carcassonne sera une prison commode ; un soin particulier sera pris des malades, des femmes enceintes, à l’hôpital de Montpellier qui est très bon. Les plus gravement atteints iront à Mende « où ils seront fort bien ». Les maisons elles-mêmes n’auront pas trop à souffrir. On se contentera de démolir les toits et les planchers.
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Le 14 septembre l’autorisation du Roi n’est pas encore arrivée. Montrevel s’impatient. Il fait publier et afficher dans les paroisses condamnées une circulaire préparatoire.
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Enfin le 16, un courrier-exprès apporte l’autorisation attendue…


Les faits :

Ouvrage de Marcel Pin « Jean Cavalier » ; Chapitre X : Les représailles de Cavalier - 10 septembre - 1er Octobre 1703


Grâce à l’indiscrétion des évêques qui, huit jours avant la réponse du Roi, l’avaient rendu public, les rebelles connaissaient le projet de Bâville . (Montrevel à Chamillard. Nîmes 14 octobre . AG 1708. 178 H I 1823) Au cours des trois dernières semaines du mois de septembre, Jean Cavalier, pour retenir dans la plaine les troupes du Roi, va, avec une impitoyable activité, exercer de cruelles représailles préventives.
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Dans la nuit du 11 au 12, quinze Camisards, conduisant 8 chevaux, viennent à Cals, hameau de 4 maisons entre Navacelle et La Bégude d’Auzon, ils réquisitionnent 3 salmées d’avoine, des balles de foin, et les emportent à Bouquet où campent Cavalier et sa troupe.
Le 12, comme tombe la nuit, 30 Camisards arrivent à Potelières, domaine de Bérard-Montalet, baron d’Alais . Par bandes de 3 ou 4, ils fouillent les maisons du village, fusillent un catholique qui veut s’échapper, en attachent un second en lui disant que le Saint Esprit commande de le poignarder ; ce dernier est assez agile pour se libérer, sauter par la fenêtre et disparaître dans l’obscurité. Aux maisons de Mas, les Camisards tuent ou blessent 9 personnes. Ils en rassemblent 13 dans l’église ; après les avoir invité à prier Dieu, Beulaigue, le sacrificateur, les frappe à coups de hache et de baïonnette. Avant de reprendre la direction de Bouquet, les Camisards incendient 7 maisons, six habitants y périssent asphyxiés ou brûlés. ( Desbordes à Montrevel. Auzon 13 septembre . AG 1708. 110)
Alertés par le paysan qui avait échappé, Desborde, commandant la petite garnison de Rivières, ne peut que s’attrister en voyant flamber Potelières. Il n’osa pas s’aventurer dans la nuit et fut sage. Les Camisards avaient posté un détachement de cavalerie pour surprendre les miliciens s’ils avaient tenté une sortie.
Le 13 au matin, Desborde et Malbec, habile chirurgien, vont à Potelières, ils comptent les victimes : 5 hommes et 10 femmes massacrées ; 1 vieillard, 2 hommes, 3 enfants, brûlés ; 2 hommes, 3 femmes, mortellement blesés ; cinq autres malheureux, transportés à l’hôpital de Rivières, fondation de la marquise de Portes, guérirent tous les cinq malgré que l’un d’eux eût reçu vingt-deux coups de baïonnette. ( rapport de Malbec. AG 1708 . 125 Malbec donne la liste nominative et l’âge des morts et des blessés)
Comme l’avaient été ceux de Valsauve, les auteurs du massacre de Potelières furent guidés par des Camisards originaires du voisinage, Boileau de Rochegude dit Beulaigue, Jacques Bruguier de Cals, d’autres de Tharaux et de Saint Victor. L’inspiration permettait aux paysans fanatiques d’assouvir leurs ressentiments, longtemps accumulés, conte les voisins catholiques qui les avaient molestés ou avaient su profiter des Ordonnances en vigueur pour s’enrichir à leurs dépens.

La nuit même du massacre de Potelières et à la même heure, ( c'est-à-dire le 12 septembre 1703) 15 camisards brûlent trois maisons à Cruviers-Montaren, ils exécutent à coup de baïonnettes, haches, dagues, et autres instruments très cruels, Marie Larnac, ses quatre enfants, Catherine Courtin, enceinte de cinq mois, Jean Chapelier, âgé de 80 ans, dont la femme valétudinaire est entièrement consumée dans sa maison. (voir note 1)
Quelques instants plus tard, les Camisards, conduits par Moïse Nicolas, arrivent à la métairie de Maillac (voir note 3) appartenant au chapitre d’Uzès, à quart de lieue de la ville ; le rentier , Pierre Legaud peut échapper ; couché dans une vigne il voit brûler la métairie ; en revenant constater le désastre, il trouve, étendus dans la basse-cour, le cadavre de sa femme, celui de son fils unique, et celui d’un berger. (voir note 2)


Notes :

(Note 1) A.H.C. 267 - Les frères Larnac, le mari de Catherine Courtin, le fils Chapelier échappèrent. N’étaient restés dans la métairie que femmes, vieillards, enfants, et deux valets nouveaux convertis. Les Camisards, après avoir vérifié leur identité, libérèrent ces deux derniers.

Sur la base du même document des archives de l’Hérault, une autre source donne la liste plus précise des victimes :
MONTARENT (12 SEPTEMBRE 1703)
-la femme de Paul LARNAC et ses quatre enfants. Voici les prénoms de trois : -marie, 14 ans ; -Isabeau, 9 ans ; -Firmin, 17 ans.
-Marie LARNAC, âgée de 57 ans.
-Catherine COURTIN, 25 ans enceinte.
-Jean CHAPELIER, âgé de 80 ans.
-la femme de Jean CHAPELIER âgée de 70 ans ;
Ces meurtres furent commis à CRUVIERES, paroisse de MONTARENT.

Il ne peut donc y avoir aucune confusion comme on l’a souvent fait avec Cruviers-Lascours

(Note 2) A.C.H. 254 . 189

(Note 3) Le mas de Mayac au Nord d’Uzès

Copyright

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31 octobre 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions





Après trois mois de panne en début d'année et pas moins de 13 équipes venus sur place pour faire le même ,constat : " il faut changer la ligne" , quelques jours de mistral et les récentes intempéries, ont eu raison des "rafistolages" quim'ont permis de rester branché avec le monde, et avec vous !

La 14 e intervention samedi dernier a opéré la réparation que vous pouvez voir sur la photo ci-contre ( voir le branchement du fil blanc)

Que faire quand on se heurte à un mur !

Merci en tous cas de contribuer par vos impôts à la prise en charge de ces déplacements, car il y a bien quelqu'un qui paie !

Bien sûr je ne ferai pas d'autres commentaires sur la notion de "service public" ...



de novembre 2009

Novembre, par bien des aspects, nous présente une série de fêtes qui sont célébrées aujourd’hui, non pas tellement en dépit du bons sens, mais qui ont perdu leur vocation d’origine. Pour ce qui est du mois, Novembre, le neuvième de l’année romaine est bien notre onzième mois et il nous rappelle plus que les autres, à la fois l’ancien calendrier romain mais aussi la réforme grégorienne, puisqu’on parle toujours de la révolution d’octobre en Russie, alors qu’elle a bien eu lieu en novembre. Mais en 1917 la Russie orthodoxe n’avait pas appliqué la réforme de 1582 !

Rétréci par les premiers froids, novembre n’a que trente jours qui vont diminuer d’une heure et dix minutes entre le 1er et le trente. On entre dans l’arrière-saison, sous un ciel souvent noir. « Mois mort, vêts-toi plus fort » Le mois est jalonné par le jour férié de la Toussaint , la Commémoration des défunts, la saint Hubert et son cor de chasse, la saint Martin et son été avec bien sûr le clairon de l’Armistice, la Sainte Cécile le 22 et sa harpe que d’aucuns prétendent être un orgue, - comme aucun texte ne prouve cela on peut laisser libre cours à toute interprétation sur ce sujet - sainte patronne des musiciens mais aussi des luthiers, des facteurs d’instruments et des sonneurs de cloches , et la sainte Catherine, le 25, avec ses coiffes originales et les arbres à planter alors que les feuilles mortes de ceux en place se ramassent à la pelle et n’en finissent pas de tomber, tomber…en tourbillonnant ! Vu le cycle de la lune il vaudra mieux attendre pour en planter d’autres car cette année cette date est en lune montante, peu favorable aux plantations, et ne planter qu’après le 3 décembre. Sainte Catherine est la patronne non seulement des filles à marier mais aussi de tous les artisans qui utilisent les machines à roue, en souvenir de son supplice : les meuniers, les charrons, les rémouleurs, les potiers, les fileuses et les cordiers entre autres, mais aussi des barbiers en souvenir des lames qui la déchirèrent et aussi des prisonniers, et à cause de son érudition, des écoles, des notaires et des philosophes.

Novembre est un mois noir, car la nuit tombe vite avec le changement d’heure, plus que décembre qui s’illumine de givre, de neige et des lumières de Noël. Le facteur va bientôt frapper à la porte avec son calendrier, d’autres aussi… c’est devenu la mode, alors que la législation a règlementé les pourboires et que les semblants de reçu que nous remettent les quêteurs en échange du don que nous leur faisons ne correspondent à rien du tout ! sinon qu’à les rassurer eux-mêmes sur la destination qu’ils vont donner à notre obole ! Il parait que ce n’est pas séant de remettre en cause ces pratiques. Moi je croyais qu’il valait mieux plaider pour une juste rémunération… ! Bref, voilà un mot « pourboire » qui a bien perdu tout son sens, que vous le vouliez ou non ! puisque nous dit le Littré, un pourboire est une « Petite libéralité que l'on donne en sus du prix convenu et comme signe de satisfaction » et parler d’étrennes, c’est quand même encore un peu tôt, et ce serait aussi dénaturer ce mot puisque selon la même source une étrenne est un : « présent à l'occasion du premier jour de l'an ».

Novembre c’est encore le souvenir de Démosthène le célèbre orateur qui tentait de maîtriser son défaut d’élocution en parlant la bouche pleine de petit galets, face à la mer déchaînée ( ne voyez là aucun rapprochement avec qui que ce soit dans l’actualité ; Novembre c’est aussi l’anniversaire de la naissance de Scaramouche.

Démosthène est décédé un 1er novembre, encore qu’il faille bien vérifier la correspondance de cette date avec le calendrier alors en application chez les Grecs. En tous cas son exemple devrait encourager certains speakers du petit écran, et bien de nos chanteurs qui semblent, les uns comme les autres, oublier que le français est une langue structurée, avec des voix et des sons, - voyelles et consonnes- qu’il faut bien marquer pour être compris !
Quant à Scaramouche, personnage de la comédie italienne, de la race des capitans, toujours vêtu de noir de la tête aux pieds, qui aime les femmes et le vin, le plus souvent au service d'un gentilhomme sans le sou, dont il vante à l'envi la noblesse et la fortune et entretient généreusement Polichinelle de ses aventures imaginaires, jusqu'à ce que son interlocuteur agacé le mette en fuite d'un simple coup de poing sur la table, il a bien existé. C’est le napolitain Tiberio Fiorelli qui, le premier, donna au rôle sa popularité et ses caractéristiques.
Nous nous souvenons tous de cette belle citation de Cyrano dans la ballade qu’il compose si habilement pour tourner en dérision un vicomte dans l’acte I scène IV du Cyrano de Rostand : ( je précise que n’ai de pensée pour aucun vicomte !)

« Je jette avec grâce mon feutre,

Je fais lentement l'abandon
Du grand manteau qui me calfeutre,
Et je tire mon espadon;
Élégant comme Céladon,
Agile comme Scaramouche,
Je vous préviens, cher Mirmidon,
Qu'à la fin de l'envoi, je touche! »

L’anniversaire de la naissance le 7 novembre 1608 à Naples, du vrai Scaramouche méritait bien ce coup de chapeau et cette belle ballade de novembre ! Ballade qu’on écrit toujours avec deux « ll », l’Académie ni le savant Littré ne connaissant de mot « balade » avec un seul « l »

On peut s’étonner pour la Toussaint, que ce nom soit écrit sans le « s » final alors qu’il s’agit bien de la fête de tous les saints, qui fut créée par le Pape Boniface IV au début du VII ème siècle mais d’abord fixée au 13 mai, puis transférée au 1er Novembre pour tenter de contrer la popularité de la fête païenne d’halloween. Seuls les Italiens, les Espagnols et les Anglais ont gardé la véritable origine du nom de ce jour : Ognissanti, Todos los Santos, All saint’s day dans le Royaume. Nous français, il fallait bien montrer notre différence. Je n’ai pas trouvé d’explication à cette particularité.

Le lendemain 2 novembre est consacré à la Commémoration des Défunts. Actuellement on confond aisément les deux fêts alors que dans la liturgie catholique on distingue bien les deux. La Commémoration des défunts a été instituée en 998 par Saint Odilon abbé de Cluny.

Comme le 1er est un jour férié, on a tendance à mélanger les deux fêtes. Il faut rappeler ici l’origine de ce jour férié dans le contexte actuel de notre république, au milieu du concert de revendications de tous ordres et en plein débats sur la laïcité. Toussaint jour férié nous ramène bien à une vraie question sur nos origines et nous appelle à regarder les choses avec un peu plus de bon sens, et moins de sectarisme. Sans vouloir ranimer de vieux débats, il faut bien dire que la Toussaint est une fête purement catholique dans ses origines. Je ne dis pas « chrétienne » puisque nos frères réformés ne la célèbrent pas mais commémorent le 31 octobre la fête de la Réformation, ( d’où la date choisie pour leur grand rassemblement actuel à Strasbourg) c'est-à-dire l’affichage, le 31octobre 1517, par le moine Augustin Martin Luther, sur les portes de la chapelle de château de Wittenberg en Saxe, des 95 thèses portant sur la vente des indulgences, ces « parts de paradis » contre espèces sonnantes et trébuchantes, et plus largement remettant en cause le rôle et la place de l’église catholique entre le Croyant et Dieu ; publication considérée traditionnellement comme le point de départ de la Réforme.

En 1905, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, si durement discutée de part et d’autres ne toucha pas à certaines dispositions du Concordat de 1801 et aux articles additionnels de 1802 qui instituaient la Toussaint comme jour férié. « Les dispositions légales relatives aux jours actuellement fériés sont maintenues ». Il n’y avait alors que quatre jours, Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint. C’est le gouvernement de M. de Freycinet, dans sa loi du 8 mars 1886, en pleine querelle religieuse, et surtout dans le cadre des grands mouvements sociaux qui ont marqué la III e république, qui devait ajouter deux autres jours fériés : le lundi de Pâques et le Lundi de Pentecôte. Cela valait la peine de rappeler ce point d’histoire. On imagine facilement le tollé qu’entraînerait, notamment dans le monde du travail et auprès des syndicats, la suppression de ce jour férié de Toussaint qui coupe si bien l’activité de ce trimestre et permet vacances et pont ! La Toussaint jour férié, nous appelle à un peu de recul face au débat des jours fériés.
Le 3 Novembre, c'est la Saint Hubert pour lequel je rappelleari seulement le son du cor, et cette origine discutable, mais si drôle, contée par Alexandre Vialatte: " Le cor de chasse trouve ses origines dans la tuba romaine en forme de I. Un légionnaire aurait eu l'idée de la tordre pour pouvoir la porter plus facilement autour du cou. L'instrument eut d'abord la forme d'un C. C'est le Tuba Curva. On l'attrapait par une barre transversale qui lui donna la forme d'un D. Cet instrument s'appelait le classicum. En 1680, on lui fit faire un tour de plus. Il prit la forme d'in O et devint cor de chasse ou trompe. Dans les siècles suivants on ajouta deux tours. En 1690, les Allemands perfectionnent si bien l'instrument qu'ils en font un instrument d'orchestre. Il passe le Rhin en 1730 et se fait admettre à l'Opéra de Paris en 1757. Mais les Germains ne cessent de le tourmenter. En 1760; Hampl introduit sa main tout au fond du pavillon et il obtient ainsi des sons bouchés, d'un timbre si douc et si mélancolique que depuis ce jour, c'est triste un cor qui sonne au fond des bois." Rien à voir avec le Tuba joué dans les orchestres actuellement.

Le milieu du mois est marqué par la Fête de la Saint-Martin qui coïncide avec la célébration de l’Armistice de la guerre de 14-18. Nous connaissons tous la légende de Saint Martin et de son manteau partagé pour couvrir un pauvre hère. La moitié du manteau que Martin aurait gardé fut conservé dans un sanctuaire qui prit en conséquence le nom « capelle » ce qui serait à l’origine du mot « chapelle » qui désigne une petite église ou une pièce attenante à une nef d’église, abritant souvent un autel et la plupart du temps des reliques

C’est un des saints les plus populaires de France, mais ce que l’on connait moins c’est l’importance de la fête de Saint Martin dans les Flandres, principalement dans le Westhoek, la vallée de la Dendre et à Beveren.
Martin portant la bonne parole sur les côtes flamandes, aurait perdu son âne parti brouter ailleurs, alors qu'il tentait d'évangéliser les pêcheurs d'un petit village, futur Dunkerque. À la nuit tombée, le soir du 10 novembre, les enfants du pays se mettant à sa recherche, avec force lanternes, l'ont retrouvé dans les dunes, en train de manger des chardons et des oyats. Pour les remercier, saint Martin a transformé toutes les petites crottes de l'âne en brioches à la forme particulière, que l'on appelle folard (Voolaeren, en flamand occidental), ou craquandoules. Les enfants chantent en Flandre française, cette chanson, le soir de la Saint-Martin : « Saint Martin boit du vin, dans la rue des Capucins ; il a bu la goutte, il a pas payé, on l'a mis à la porte avec un coup d'balai » en défilant dans la rue, avec une lanterne en forme de tête, creusée dans une betterave à sucre. Après le défilé, on leur donne un foulard et une orange, et le concours de la plus belle lanterne est organisé. Vieilles réminiscences de la fête païenne d’halloween.
Une tradition similaire existe aussi en Alsace et en Allemagne dans le Pays de Bade ainsi qu'aux Pays-Bas.
C’est souvent à cette période que se produit un redoux baptisé « l’été de la Saint Martin » prédit par de nombreux dictons et si souvent chanté par les poètes. « A la Toussaint commence l’été de la saint Martin ».C’est le beau temps de ces derniers jours. Mais voila que le mauvais temps s’annonce. Lune à son périgée le 6, nœud lunaire le 7 et nouvelle lune le 16, devraient marquer la deuxième quinzaine de novembre souvent mauvaise. D’ailleurs depuis hier, les services de Météo Consult et la Chaîne Météo publient le communiqué suivant :
« L’arrivée d'un courant froid et très instable de nord-ouest, qui débutera dimanche. Elle sera propice à l'émission de communiqués spéciaux, et engendrera d'importants cumuls de pluie sur les régions du sud-ouest, de la vallée du Rhône et des Alpes. On enregistrera des vents violents temporairement proches de la tempête. De fortes chutes de neige sont attendues sur les reliefs, notamment sur les Alpes. On relèvera une baisse des températures, avec parfois des valeurs inférieures de 6 degrés aux moyennes de saison. De fortes conditions pour la navigation en mer, avec notamment une houle importante sont prévues sur la côte Atlantique. » .

Les vrais frimas devraient apparaître vers la fin du mois : « si l’hiver va son chemin, vous l’avez à la saint Martin. S’il s’arrête tant ne quant, vous l’avez à St Clément. ( le 23) S’il trouve quelque encombrée, vous l’avez à Saint André ; mais s’il allait ce ne sais ne l’ai, vous l’aurez en avril ou mai » cité par Henri Pourrat dans « Le temps qu’il fait ».

Voici donc « novembre, chaud au début, froid à la fin » , « novembre par tous les temps, le bois dans la cheminée est flambant ». Tenons-nous au chaud et attention à la grippe. Addisias !

Jean Mignot, au soir d’Halloween, le 31 octobre 2009 soit "All Hallow Even", c'est-à-dire "le soir de tous les saints du Paradis", ce qui est quand même autre chose que ce qu’on propose à nos chers petits, sans discernement, en ayant perdu tout bon sens, à des seules fins mercantiles.



30 septembre 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


A propos d’octobre 2009


Octobre, de huitième à dixième mois selon que l’on regarde son étymologie ancienne ou sa place dans notre calendrier est le mois du bel automne, avant les brumes de novembre et l’hiver qui se prépare. Octobre va se dépouiller lentement après l’offrande d’un flamboyant bouquet d’arbres aux feuilles colorées de rouge et d’or et sombrer dans la grisaille avec des nuits de plus en plus précoces et de plus en plus fraîches, dans une atmosphère de mélancolie déjà amorcée en septembre, jusqu’au changement d’heure dans la nuit du 24 octobre ( TU + 1)qui va nous plonger dans la nuit que redoutaient tant nos ancêtres notamment les Celtes. Les jours diminuent d’une heure quarante sept minutes au cours du mois. Ils ont une durée moyenne de onze heures et cinquante et une minute dans la première semaine et de dix heures neuf minutes dans la dernière.
Octobre si bien chanté par les poètes, de Lamartine avec son célèbre : « Salut bois couronnés d’un reste de verdure… » à Francis Cabrel :

« Le vent fera craquer les branches
La brume viendra dans sa robe blanche
Y aura des feuilles partout
Couchées sur les cailloux
Octobre tiendra sa revanche

Le soleil sortira à peine
Nos corps se cacheront sous des bouts de laine
Perdue dans tes foulards
Tu croiseras le soir
Octobre endormi aux fontaines

Il y aura certainement,
Sur les tables en fer blanc
Quelques vases vides et qui traînent
Et des nuages pris aux antennes
»

Il faudra bien vite songer à se couvrir : « Oou mes d’octobre, qu’a ges de raoubo que n’en trobe » ou comme l’on dit en Vivarais : « Qui n’a pas de manteau en octobre, en fasse bientôt » ou encore : « En octobre, qui a perdu son manteau le recouvre » et aussi : « En octobre si tu es prudent, achète grains et vêtements » et enfin : « Vent d’octobre, la pelisse il faut que tu sortes ». C’est plus que jamais le temps de se couvrir pour se protéger des changements de température pour ne pas prendre froid de façon à ne pas attraper la grippe.
Je tiens à faire remarquer à vous tous qui me lisez, que dans toutes les recommandations dont on bassine nos oreilles sur les risques de la grippe et sur les gestes simples à faire tous les jours, on ne nous dit pas que le point de départ des grippes c’est souvent d’avoir pris froid et d’avoir fragilisé notre organisme... ! Première des précautions élémentaires ?? non ? !
Octobre est un mois triste ou joyeux selon qu’il évoque le trépas de Charles le Chauve ( celui du célèbre Serment de Strasbourg et « chauve » parce qu’il se serait fait raser le crâne en signe de soumission à l’Église, et ce, malgré la coutume franque exigeant qu’un roi ait les cheveux longs) le 6 octobre 877, à Avrieux, toute petite commune de Savoie dans la Maurienne, connue parce que l’Office National d’Etude et de Recherche Spatiale (ONERA) dans sa fameuse soufflerie, grâce aux conduites forcées du barrage d’Aussois, y transforme l’eau en vent ( jusqu’à mach 12 !) – mais oui ! allez voir - ; ou le mariage de Victor Hugo le 12 octobre 1822, en l’église saint Sulpice à Paris, union qui ne devait durer qu’une dizaine d’années avant que notre grand poète ne devienne l’amant de Juliette Drouet, celle qui avait servi de modèle, dit-on, pour la statue de Nemausa, la muse de Nîmes sur l’esplanade de la ville, à la fontaine dite Pradier du sculpteur du même nom ; Octobre c’est encore le 18 octobre 1890, la pêche Melba, dessert créé à l’hôtel Savoy de Londres par le « roi des cuisiniers » Auguste Escoffier pour la cantatrice d’opéra australienne Nellie Melba qui habite l’hôtel. Il créera aussi la même année le Suprême de volaille Jeannette. Octobre c’est encore le 28 octobre 1909, le décès, au domicile de son beau-frère le peintre Odilon Redon, de Juliette Dodu, l’espionne française, héroïne de la guerre de 1870, première femme décorée de la Légion d’Honneur, un 25 octobre 1909. On peut voir sa statue, œuvre de la Duchesse d’Uzès, à Bièvres. C’est encore le souvenir de la naissance le 14 octobre 1859, à Saint Chamond, de François Claudius Koënigstein, « le Rocambole de l’Anarchisme », Ravachol du nom de sa mère ; ou les tristes journées d’octobre 1789, avec « le Boulanger, la Boulangère et le petit Mitron », qui furent une étape des plus importantes dans la chute de l’ancien régime. Un 1er octobre 1438, quatorze parisiens furent dévorés par des loups !
Mais ne cherchez pas ce qui s’est passé entre le 5 et le 10 octobre 1582. Il ne s’est rien passé ces jours-là, strictement rien. Ces dix jours n’ont jamais existé. En effet, après de longues discussions et d’interminables palabres mais aussi après de savants calculs, afin de rendre à l’équinoxe de printemps la date qui lui avait été fixée par le concile de Nicée en 325, une réforme du calendrier avait été entreprise à la demande du Pape Grégoire XIII, et il fut décidé, pour rattraper le décalage accumulé durant des siècles entre le rythme des saisons et le cycle du soleil, de supprimer dix jours de cette année là. C’est ce qui explique que bien des dictons anciens ont perdu leur signification première, comme ceux de la fête de Saint Luce ou Lucie le 13 décembre, qui est passé de la veille du solstice à 13 jours avant, ou encore ceux de la Saint Médard qui ayant fait un bon de dix jours ne coïncident plus du tout, avec une période de pluie. On relira utilement mes précédentes chroniques pour plus de précisions.
La lune d’octobre cette année, sera montante jusqu’au 9 du mois puis descendante du 9 au 22 et à nouveau montante à la fin du mois à partir du 25. La courbe de la lune sera à son périgée le 13 et à l’apogée le 25. Les nœuds lunaires, période toujours très délicate pour la végétation sont le 11 et le 25.
La pleine lune d’octobre sera le 4 et la nouvelle lune le 18. Ces étapes, qui sont, je le rappelle encore, des moments où l’on relève le plus de perturbations du temps, surtout quand il y a cumul des phénomènes, permettent de dire qu’il ne devrait pas se passer grand-chose en octobre cette année du point de vue du temps.
Ces jours correspondent aux dictons suivants :
Le 4 pour Saint François d’Assise « A la saint-François on sème, si l'on veut, et plus tôt même » C’est valable notamment pour les épinards et pour les laitues d’hiver
Le 9, pour la Saint Denis « S'il pleut à la saint-Denis, la rivière sort neuf fois de son lit » mais « Beau temps à la saint Denis l’hiver sera bientôt fini » il ne devrait pas y avoir de perturbations particulières, sauf peut-être quelques orages vers les Pyrénées alors qu’il vaudrait bien mieux du mauvais temps car nous avons besoin d’eau partout !
Le 13 pour la Saint Géraud d’Aurillac «Souvent à la saint Géraud nous arrive trois jours de beau » et on pourra ramasser les premières châtaignes « Pour la saint Géraud les châtaignes font le chaud ». Originaires de Perse, les châtaigniers furent amenés par les Romains qui les acclimatèrent dans nos régions, notamment en Cévennes. Plus tard les moines prirent le relais et favorisèrent le développement des châtaigneraies. L’arbre à pain a longtemps été la nourriture de base dans les régions pauvres. Vous savez aussi qu’une charpente en bois de châtaignier n’attire pas les araignées.
A la saint Luc le 18, « Foou samenar mouie ou du », comme cette année nous serons en lune descendante, il vaudra mieux ne pas semer « « A la saint Luc, ne sème plus, ou sème dru ! ». La nouvelle lune amènera sans doute un changement de temps autour de cette date : « A la Saint Luc c’est prouvé, l’hiver va nous arriver » ; et aussi « A la saint Luc la pluie du vallon, fait de la neige sur les monts ».
Pour la saint Crépin, le 25, au moment où nous passerons en lune montante, on dit dans le Jura « A la saint Crépin, les mouches voient leur fin » et en Languedoc « A la saint Crépin, la pie monte au pin », c'est-à-dire fait ses provisions pour l’hiver.
A la fin de ce mois il vaudra mieux pour le vigneron que vendanges soient faites, car pour le 31, jour de Saint Urbain : « Ce qui reste à la vigne ne vaut rien » ou « Quand octobre prend sa fin, dans la cuve est le raisin ». Aujourd’hui on vendange de plus en plus tôt et ce sera bientôt la course aux vins primeurs, c'est-à-dire à des vins encore non complètement vinifiés. Mais commerce oblige !
Le 31 de ce mois d’Octobre: « A la saint Quentin, la chaleur a sa fin ».
Avec Anne Vanderlove chantons ce mois d’octobre :

« Les feuilles sèches craquent dans les rues
Le vent les fait danser, tourbillonner
Les longs jours d'octobre et leur farandole,
Les longs jours d'octobre sont revenus
»

Voici le moment des nuits plus longues, au coin du feu, et la nuit d’Halloween dont je vous entretiendrai, selon l’humeur du moment, le mois prochain. Brouillards d’octobre devraient céder à la pluie de novembre ce qui serait du plus grand bien : « Brouillards d’octobre, pluie de novembre, beaucoup de biens du ciel font descendre » ou « Brumes d’octobre, pluie de novembre, font ensemble un bon décembre »
En attendant, couvrez-vous, ne prenez pas froid. Attention à la grippe !
Addissias !
Jean Mignot le 30 septembre 2009

31 août 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


de Septembre 2009


Le neuvième mois de notre calendrier, pourtant baptisé de septième à cause de Jules César et de la réforme qu’il avait fait mettre en place du calendrier qui porte son nom, marque bien la rentrée.
« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres, Adieu vive clarté de nos étés trop courts » Baudelaire ne se trompe pas. Les maisons d’été ferment leurs volets, les bateaux rejoignent leur port d’attache et les Parisiens se pressent sur les autoroutes en direction de la capitale. Demain les joies estivales ne seront plus que d’agréables souvenirs. On pourra faire admirer notre teint bronzé mais, pour le reste du corps, halé au soleil, ce n’est que le miroir qui en aura la confidence. Pourquoi avoir pris de tels risques pour notre peau, pour vite cacher tout cela sous les vestons et derrière les cravates... ! Le temps des vacances ne sera bientôt plus que de la nostalgie.
Dans peu de temps la chute des feuilles. Bientôt les brumes de l’automne nimberont nos paysages et les arbres perdront leurs feuilles, perte accentués par la sécheresse de cet été. Des jours plus rigoureux nous attendent.

La rentrée a comme chaque année un goût amer avec en plus la pandémie de grippe annoncée à grand renfort de presse et de spots publicitaires pour le grand bonheur des laboratoires. Il faut bien dire ça aussi ! Heureuse grippe qui nous oblige à retrouver les bons gestes élémentaires dont on avait perdu la saine habitude de les faire : se laver les mains avant de passer à table, mettre la main devant sa bouche quand on tousse.. et bien d’autres... !
L’agitation quotidienne va reprendre au rythme de la marée de l’équinoxe qui ramène les tempêtes.
Rentrer c’est retrouver les siens, son quartier, son école, son collège, le bureau, les collègues de travail, des visages familiers. Septembre plus que janvier marque le réel commencement de l’année, le signe de la reprise, le re-départ des activités avec son cortège de bonnes intentions de promesses ou de catastrophe et de lendemains qui chantent plus ou moins juste, plus ou moins faux. Il suffit de voir le déroulement des « universités d’été » ou d’autres « grand-messes » du même genre tenues par nos partis politiques. On va voir ce qu’on va voir !
Septembre, au confluent des regrets et des promesses marque le début d’une année nouvelle.

Après l’équinoxe du 22 septembre, la fête de Saint Michel, le 29 septembre, avait une grande importance dans le monde paysan. C’est presque partout à cette date que se tiennent de nombreuses foires. On peut dire sans exagération que l’année agricole avait pour « jour de l’an » le jour de la saint Michel. A cette date, la terre est franche d’obligations. Elle ne porte plus aucune récolte et n’a pas reçu encore de semences. Les labours eux-mêmes ne commencent que dans les derniers jours de septembre pour s’achever dans les premiers jours de novembre : « De la saint Michel à la Toussaint, laboure grand train. »
C’était le jour de la saint Michel que prenaient fin traditionnellement les baux de fermage, ou qu’ils étaient renouvelés. De même c’est à la saint Michel qu’étaient « débauchés » ou « embauchés » les commis de ferme et les autres personnels. Dès le 17 septembre, pour la saint Lambert les vieux dictons invitent à la prudence. Celui qui sans y être contraint, quittait alors sa place, courait grand risque de ne pas la retrouver : « Le jour de la saint Lambert, qui quitte sa place la perd ! » C’est dans la deuxième quinzaine de septembre, en effet, que se préparaient, entre fermiers, ouvriers et commis, les engagements réciproques pour l’année agricole à venir.

La saint Michel marque les derniers jours de chaleur : « A la saint Michel, la chaleur monte au ciel. ». C’est le dernier délai pour le départ des hirondelles : « A la saint Michel, départ des hirondelles ! »
Et si ces hirondelles se sont attardées jusqu’à cette date c’est parce qu’il peut faire encore très beau : « Quand l’hirondelle voit la saint Michel, L’hiver ne viendra qu’à Noël ! »
Il est temps enfin d’espérer ces pluies d’automne que l’on redoute pourtant…et que de nombreux proverbes annoncent dès le début de ce mois : « Septembre emporte les ponts, ou tarit les fonts ». Mais cette pluie est très attendue cette année : « Pluie de septembre joie du paysan » ou « En septembre pluie fine est bonne pour la vigne ».

Avec une première quinzaine encore estivale, et une deuxième quinzaine marquée par l’automne et les vendanges, septembre est d’abord « Fructidor » avant de devenir le « Vendémiaire » du calendrier républicain.
La période de fin d’été est favorable à la récolte des fruits « En septembre se coupe ce qui pend » ; ce qui fait dire que cette période est encore le temps des confitures. Un décret du 23 septembre 1925 stipule que la confiture « est un produit constitué uniquement de sucre raffiné ou cristallisé et de fruits frais ou conservés autrement que par dessiccation ». Ne confondons pas la confiture avec la marmelade qui est elle une purée, ce qui est encore différent de la gelée qui est le jus de fruit coagulé, et qui est encore différent de la compote qui elle est faite de fruits peu cuits et peu sucrés. L’homme a longtemps cherché les moyens de conserver les aliments en les séchant, les salant, les fumant, les mettant à l’abri de l’air ou en les cuisant. C’est Pline qui au 1er siècle de notre ère nous donne semble-t-il la première recette de confiture dans son œuvre l’ « Histoire naturelle ». Au XVIème siècle Nostradamus écrivit « la manière de faire toutes les confitures liquides tant en sucre, miel qu’en vin cuit ». L’âge d’or des confitures serait le XIX ème siècle, sans doute parce que, au moment où la vie rurale domine encore et époque où les vergers domestiques sont nombreux, le sucre devient un produit de consommation courante. Au XVII ème siècle Colbert avait favorisé l’implantation de raffineries dans les grands ports français, mais le sucre restait encore un « épice » d’un prix prohibitif. Ce n’est qu’au XIX ème siècle sous l’impulsion de Napoléon Premier que l’industrie de la betterave va se développer et bien vite concurrencer le sucre de canne favorisant ainsi le développement de la fabrique des confitures. Faire des confitures c’est renouer avec un art de vivre, une époque où l’on avait le temps de prendre son temps !

Ce temps qui fuit puisque dans le courant de ce mois les jours continuent de diminuer. D’où cette recommandation d’un dicton du Bourbonnais : « A la saint Leu, la lampe au cleu » et dans nos parlers du Midi : « Oou mes de setembre, lou caleu es a pendre ». Lou caleu, vous le savez bien, c’est la lampe à huile. Saint Leu c’est le 1er septembre. Trois évêques ont porté ce nom, celui de Troyes mort en 478, celui de Soissons mort vers 535 et celui de Sens mort en 623. Les uns et les autres que l’on nomme « Leu » tirent leur nom d’une prononciation ancienne de « Loup » d’où de très nombreuses églises ou village qui en France portent l’un ou l’autre nom.

Les jours diminuent au cours de ce mois d’une heure quarante-six minutes et ont une durée moyenne de douze heures trente minutes. Malgré ce raccourcissement de la durée du jour, le temps reste encore agréable et cette arrière saison est parfois plus belle que le printemps. « Septembre se nomme le mai de l’automne ». « De mai, septembre a les teintes fines, souvent la tranquillité un peu brumeuse, les tiédeurs et les fraîcheurs mêlées, les matins trempés de rosée et les couchants où l’air tout entier prend la couleur de la chair de fraise » écrit Henri Pourrat.

Avec l’équinoxe du 22 septembre quelques signes nous annoncent les grands vents et les changements du temps. Par exemple : le soleil est ceint de plusieurs cercles sombres ; les hirondelles passent toutes du même côté des arbres où les moucherons se sont abrités ; le son des cloches lointaines arrive par saccades ; les forêts bruissent ; les oiseaux aquatiques s’ébattent sur les rivages. « Quel calme ! voici l’équinoxe. Le jour est plus jaune, la lumière a vieilli. Prends ton panier pour les vendanges, voici l’arrière saison. Sème les raves, empaille les cardons ; fais couler l’eau sur la fleur bleue, grasse et froide du chou-fleur ; l’air sent le céleri et le feu les fans de pommes de terre ; cueille la fraise des quatre saisons, le glaïeul, le fuchsia, la sauge, l’héliotrope. Hume la pêche. Assieds-toi sur le gazon râpé. Voici les coings et la citrouille. L’air prend un goût de fleur brouie » écrit cet autre écrivain auvergnat Alexandre Vialatte.

La pleine lune sera le 4 septembre en lune montante. C’est plutôt signe de beau temps. La nouvelle lune se produira le 17. Je ne relève pas de concordance de plusieurs phénomènes lunaires pouvant faire prédire du mauvais temps pour ce mois-ci. Vénus, la pâle étoile du soir chantée par Alfred de Musset, reste visible que le matin quelques minutes avant le lever du soleil. Jupiter est toujours flamboyant dans le ciel de nos soirées et la majeure partie de la nuit.

Au grand Gilbert Bécaud de conclure cette chronique avec cet extrait de sa belle chanson « C’est en septembre » :

…« C'est en septembre
Quand les voiliers sont dévoilés
Et que la plage tremble sous l'ombre
D'un automne débronzé
C'est en septembre
Que l'on peut vivre pour de vrai

En été mon pays à moi
En été c'est n'importe quoi
Les caravanes le camping-gaz
Au grand soleil
La grande foire aux illusions
Les slips trop courts, les shorts trop longs
Les hollandaises et leurs melons
De Cavaillon

C'est en septembre
Quand l'été remet ses souliers
Et que la plage est comme un ventre
Que personne n'a touché
C'est en septembre
Que mon pays peut respirer…

C'est en septembre
Que je m'endors sous l'olivier »


Bon mois de septembre. Addisias !





Jean Mignot au 31 du mois d’Août 2009

01 août 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions

A propos du mois d’Août 2009


Ce mois d’août s’ouvre, comme chaque année en pleine canicule, puisque c’est ainsi que se nomme cette période qui va du 24 juillet au 24 aout, pendant laquelle le soleil se lève et se couche en même temps que Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien quel que soit le temps qu’il puisse faire, chaud ou moins chaud, beau ou mauvais !
Depuis les récentes et fortes chaleurs de 2003 on donne une autre définition pour la canicule, en parlant de période de « forte chaleur durant l’été ». On considère qu’il y a canicule quand, dans un secteur donné, la température reste élevée et l’amplitude thermique faible. Cela correspond grosso modo à une température qui ne descend pas en dessous de 18° C pour le nord de la France et 20° C pour le Sud la nuit, et atteint ou dépasse 30°C pour le Nord et 35°C pour le Sud le jour, ceci d’autant plus que le phénomène dure plusieurs jours, la chaleur s’accumulant plus vite qu’elle ne s’évacue par convection ou rayonnement. Cette définition vaut surtout pour l’Europe de l’Ouest et la France. En Afrique ou en Scandinavie il faudrait se baser sur d’autres valeurs.
Personne ne sera étonné que ma préférence aille pour la première version du mot canicule qui est fondée sur l’étymologie. Je devrais ajouter d’ailleurs qu’on ne va quand même pas attendre le déclenchement administratif d’un plan canicule pour se mettre au frais s’il fait chaud, pour boire ou pour ne pas s’exposer trop au soleil pour bronzer inutilement ! Où est notre vieux bon sens !
Pline l’Ancien écrivait dans son ouvrage l’Histoire naturelle livre II Chapitre 40-42 : « Quant à la canicule, qui ignore que, se levant, elle allume l’ardeur du soleil ? Les effets de cet astre sont les plus puissants sur la terre : les mers bouillonnent (XVIII,68) à son lever, les vins fermentent dans les celliers, les eaux stagnantes s’agitent. Les Egyptiens donnent le nom d’Oryx à un animal qui, disent-ils se tient en face de cette étoile à son lever, fixe ses regards sur elle, et l’adore, pour ainsi dire, en éternuant. Les chiens aussi sont plus exposés à la rage ( VIII,61) durant tout cet intervalle de temps ; cela n’est pas douteux. »
Dans la Rome antique on tentait de conjurer l’influence néfaste de Sirius sur les moissons en immolant les chiennes rousses, qui rappelaient la couleur de l’astre à l’époque.
Curieusement on relève que les étés caniculaires vont souvent par groupe de trois ou quatre : 1383-1385, 1331-1334 ; 1778-1781 par exemple. L’ouvrage considérable d’Emmanuel Le Roy Ladurie, « Histoire Humaine et comparée du Climat », est plein de références sur ce sujet et fait le lien entre les périodes de disettes et de manque de grains, - conséquences du mauvais temps - et les évènements importants qui ont marqués l’histoire, comme dans les années qui ont précédé la période de la Révolution. Jacques Godechot, cité lui-même par Emmanuel Le Roy Ladurie décortique ainsi les évènements de juillet 1789 : « 11 juillet, renvoi de Necker. Or depuis le 30 juin le prix du froment à Gonesse est à son maximum pour le XVIIIe siècle. A Magny le prix est monté encore davantage entre le 4 et le 11 juillet. Le 12 juillet des manifestations s’ensuivent dans les jardins du Palais-Royal. Le 13 la question des subsistances est au premier plan des soucis des parisiens. A une heure du matin ils incendient les 54 barrières ou poste d’octroi donnant accès à la capitale. Ils veulent ainsi faire baisser le prix du pain qui est à son niveau le plus élevé du siècle. Ce même jour à 6h du matin il y a le pillage du couvent Saint Lazare où on dit que les grains sont stockés. A 8h le même jour une milice bourgeoise se forme. Il y a émeute et pour obtenir des armes une délégation va aux Invalides. » La suite est connue avec la prise de la célèbre Bastille. Certes d’autres paramètres entrent en jeu mais le mauvais temps et ses conséquences est bien un des facteurs majeurs de cet autre évènement majeur. Et la lune, bien entendu a une place privilégiée !
On pourrait analyser de la même façon les soubresauts climatiques et disetteux de 1845-1846 et les mettre en relation avec les révolutions de février-mars 1848 à Paris, puis à Berlin et à Vienne, nous dit encore Emmanuel Le Roy Ladurie.
C’est dans ce contexte que nous voilà au mois d’août. Dans l’ancien calendrier romain ce mois était le sixième mois de l’année et s’appelait sextilis, nous annonçant la suite avec, avec septembre et les suivants.
Caius Octavius Thurinus, né en 63 av JC devint Caius Julius Caesar Octavianus en 44 av JC quand Jules César l’adopta. Divinisé il devint Caius Julius Caesar Divi Filius en 42 av JC puis Imperator Caesar Divi Filius et ce n’est qu’en 27 avant JC qu’il devint le premier empereur romain et fait « Auguste » par le Sénat : Imperator Caesar divi filius Augustus. En 8 av JC on décida de donner son nom au sixième mois du calendrier, et comme ce mois ne pouvait décemment pas être plus court que celui attribué à la mémoire de Jules César, on fit en sorte que le nombre de jours soit égal à juillet, en allant « piquer » un jour au mois de février, qui n’étant qu’un mois complémentaire n’avait pas de connotation commémorative. Voila comment on écrit l’histoire, alors que pourtant le souci était de bien faire coïncider les saisons au période du soleil. Mais de fait on ne touchait rien à cela.
Augustus est devenu chez nous août et c’est le seul accent circonflexe qui est le rappel de cette histoire. C’est ce qu’on appelle un amuïssement. Un accent circonflexe indique que le mot contenait une lettre maintenant disparue parce que le phonème qu'elle notait s'est « amuï » avec le temps. Il indique bien qu’il y avait là une lettre.
C’est pourquoi je m’élève avec la plus grande énergie envers cette disposition qui dans le souci de simplifier l’orthographe française, sur le rapport de 1990 sur les rectifications orthographiques propose de supprimer les accents circonflexes et nous demande de prononcer août : « ou » ! à la rigueur « out » ! en faisant sonner le « t » Nous dans le Midi on dit alors : - pardon à nos amis ! - « prononcé à la parisienne ! », ou encore « avec l’accent pointu ».
Par contre on ne tolère ni « a-ut » ( a-out), ni « a-u » ( a-ou). Le « a » disparait donc aussi dans la prononciation. De plus le texte des recommandations recommande la graphie : « aout » sans l’accent. Un comble !
Pourquoi donc supprimer dans la prononciation le « a » et le « t » et l’accent circonflexe - ( en vieux français on écrivait « aoust ») - qui nous rappellent l’origine étymologique du nom de ce mois et l’empereur Auguste. Notre calendrier doit tant aux Romains ! et puis une consonne c’est bien quelque chose qui doit « sonner » dans la prononciation. Souvenons-nous de Monsieur Jourdain ! Si on supprime les consonnes et si on ne garde que les voyelles nous allons avoir une prononciation sans charpente. Et sans charpente on sait ce qui arrive !
Tout se perd ! Heureusement qu’il y a nos amis Espagnols et Anglais pour sauvegarder cette mémoire d’histoire, avec Agosto et Agust !
Il parait pourtant que c’est ainsi qu’août se prononce depuis le XVIe siècle à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus. La Fontaine écrit « oût », Madame de Sévigné écrit « out ». Voltaire, dans l’avertissement de Zaïre dit qu’août se prononce « oût ». La prononciation « a-ou » réapparait à partir du XIXe siècle chez les orateurs démocrates et chez les poètes comme Sainte Beuve, Victor Hugo ou Henri de Régnier.
Je souligne encore que ce rapport de rapport de 1990 a tranché, sans se poser la question de la prononciation des mots dérivés tels « aoûtat » donné à cette larve d’acarien qui nous démange tant si nous n’y penons pas garde, et le qualificatif « aoûtien » dont on qualifie tant de vacanciers ? Va-t-on dire un « outat » ? et un « outien » ? L’Académie, parait-il n’y voit rien de choquant. N’en déplaise à ces prestigieuses références, moi je trouve cela ridicule ! Sauvons notre mois d’Août de crainte qu’il ne se fâche et que profitant d’un nouveau rendez-vous du soleil avec la lune, il nous bombarde d’orages et d’autres alertes « orange » ou d’appel à la vigilance, comme il l’a souvent fait dans le passé, et comme la « télémétéo » commence à nous l’annoncer, pour les jours qui viennent sans nous dire que c’est l’effet toujours observé des périodes où se produit une éclipse. Car éclipse il y aura bien dans la nuit du 5 au 6 août.
Souhaitons qu’il fasse encore beau ensuite puisque nous sommes encore en ce mois si bien nommé de « Thermidor » le révolutionnaire, se partageant avec juillet son compère une bonne part de « Canicule ».
Je ferai encore remarquer que cet hommage à Auguste en ce mois d’août a une étroite relation avec l’évènement majeur de notre ère puisque c’est bien sous le règne de l’empereur Auguste que l’on situe la naissance de Jésus , à quelques années près, et que depuis on décompte les années, avant JC et après JC.
Quelques citations originales de nos grands classiques, pour ce mois qui commence : « Je consens de bon cœur, pour punir ma folie, Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie, Qu'à Paris le gibier manque tous les hivers, Et qu'à peine au mois d'août on mange des pois verts. » [Boileau, Satires] ; « Je vous paîrai, lui dit-elle, Avant l'août, foi d'animal. » [La Fontaine, Fables] ou encore du même auteur « Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'août. » [La Fontaine, ib. V, 9]
Pour les proverbes, la liste est très longue et on trouve tout et son contraire. C’est un mois de dur labeur dans les champs : « En août et vendanges, il n'y a fêtes ni dimanches. ». « Je suis Aoust auquel nul grant loysir ne doit prendre ne séjourner, mais faucher, fener par plaisir, mettre en grange, battre et venner » nous dit le Grand Calendrier des Bergers de 1496 qu’il me plait de citer souvent dans ces chroniques.
C’est un mois qui selon le temps qu’il amène a des conséquences importantes sur les vendanges : « Août donne goût " c'est la température du mois d'août qui fait que le vin est bon ou mauvais.
La lune sera montante en ce début de mois. C’est une bonne période pour greffer. Après le 15 août on dit souvent que le temps change. « La Dame d’Août arrange ou défait tout ». La lune amorcera sa courbe descendante mais il y aura surtout dans ces mêmes jours un nœud lunaire le 18, le périgée le 19 et la nouvelle lune le 20, gage que, comme cela s’est produit depuis le début de cette année, il y aura d’importantes perturbations atmosphériques. Je ne peux pas dire plus, ni où, ni quand… !
Travail pour les uns, vacances et fêtes pour les autres. Observons les phénomènes qui permettent de prévoir le temps, comme le faisaient nos anciens. Grâce à la bienveillance d’un vieil ami qui m’a transmis un vieil almanach Hachette de 1915 ; je peux vous dire qu’il fera beau si les hirondelles volent haut ; si les araignées sont actives à tisser ; si les frelons et les guêpes sortent tôt le matin ; si la fleur d’oseille s’ouvre ; si la vapeur des locomotives se dissipe au sortir de la cheminée.. et il pleuvra si les hirondelles rasent le sol ; si le chat passe sa patte derrière l’oreille et fait longuement sa toilette ; si le bœuf et le cheval reniflent l’air ; si le porc grogne et éparpille sa litière ; si les pigeons rentrent au pigeonnier ; si les poules se roulent dans la poussière ; si les moutons sont folâtres et luttent entre eux ; si les abeilles restent autour des ruches et sont agressives ; si la fleur de l’oseille se ferme ; si le soleil est entouré d’un halo ; si la vapeur des locomotives traîne derrière le convoi…
Hélas il est désormais très difficile d’observer tout ça.. à moins que vous ne veniez ici ! . On a tout cela.. sauf les trains à vapeur.. !
Bon mois d’août.
Adissias !


Jean Mignot le 1er Août 2009

01 juillet 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions



A propos de Juillet 2009



Juillet rompt avec la dénomination des autres mois. Cinquième mois de l’année romaine, Quintilis, il ne tient pas son étymologie de sa place dans le calendrier, et il n’est pas voué à un Dieu mais il tire son nom de la famille de Jules César : les Julius. Bel hommage à celui qui avant la réforme grégorienne de 1582 avait fait opérer la grande réforme du calendrier dit « Julien ». Ce changement de nom eut lieu l’année même de la mort de Jules César, en 44 avant JC, sur la proposition de Marc-Antoine ( le futur Antoine rival d’Auguste ).
Juillet rompt aussi avec les habitudes car il annonce les vacances et apporte la chaleur, qui va devenir « canicule » quand juillet va devenir « thermidor »
Juillet, c’est le mois sacré où l’on met les foins et moissons au grenier, le verger en confitures et le potager en conserves. Les jours diminuent d’une heure pendant le mois mais ils durent encore environ quinze heures et trente minutes.

« Et je croys se je vous disoye
Les valeurs qui sont en mon fait
Qu’à grant peine creu je seroye,
Et si suis le moys de Juillet,
Je suis joyeux e peu de plet
Pour tous biens faire tost meurir.
Si doit on bien de cueur parfait
En mon temps Jesucrist servir. »

Grand Calendrier des Bergers – Guiot Marchant , 1496

La tonalité du mois est plaisante et heureuse : « En juillet, mois d’abondance, le pauvre a toujours sa pitance ! » « Soleil de juillet donne la fortune ! » ou encore : «Juillet ensoleillé emplit caves et greniers ». Et « Si juillet est beau il emplit caves et tonneaux ! ».
Un beau mois de juillet, ne signifie pas, comme pour les citadins qui songent surtout à leurs congés payés, trente et un jours uniformément ensoleillés. Trop de chaleur en juillet aurait des conséquences désastreuses : « Juillet sans orages, famine au village ! ». Ces pluies de juillet ne « pourrissent » pas la terre, souvent car elle est trop sèche ; c’est le sens de ce dicton : « pluie de juillet, eau en panier ».
Mois des moissons et des fenaisons : « En juillet faucille au poignet » ; « Quand juillet commencera, ta faux affûtera ! ». On n’entend plus dans nos villages les paysans qui « piquaient » leur « daille » c'est-à-dire tapaient sur leur faux avec un marteau sur le support d’une sorte de toute petite enclume qu’on plantait en terre. Maintenant on entend les moissonneuses-batteuses et on les voit de loin à cause de la poussière qu’elles soulèvent.
Un vieux proverbe conseille d’éviter les excès de toutes sortes : « Oou mes de juille, ni fenno ni cooule ! »…ni femme ni choux ! je préciserai seulement que le chou est cité ici à cause de sa digestion connue comme difficile ! «En canicule point d’excès, comme en tout temps point de procès » conseille un autre dicton.
La Révolution qui avait tenté une réforme du calendrier avait baptisé cette période de fin juin et début juillet, de Messidor, puis de Thermidor à partir du 22, en donnant à chaque jour un nom de plantes, d’animal ou d’outil. C’est ainsi que le 22 juin correspondant au 1er messidor était « Seigle ». Le 14 juillet était consacré au « Haricot » ce qui aurait pu permettre à Monsieur de Launay, à la fin de ce jour en 1789 le jeu de mot que l’on peut imaginer ! Mais le calendrier révolutionnaire n’était pas encore inventé !
Quand juillet va devenir « Thermidor », le 22 de ce mois, il sera alors exactement dans ce qui correspond à la période de « canicule ». Car il n’y a de « canicule » que pendant le laps de temps où le soleil se lève et se couche en même temps que la constellation du chien ou du Grand Chien, (canis en latin), constellation dont l’étoile la plus connue est Sirius, une des étoiles des plus brillantes puisque de diamètre 1,8 - c'est-à-dire à peine plus grosse que le soleil - et qui brille 23 fois plus. Comme il fait chaud à cette période, du 23 juillet au 24 août c’est le diminutif latin, canicula qui a donné le nom à cette période. Par contre on devrait dire quand il fait très chaud à d’autres moments de l’année « il fait une chaleur de canicule » c'est-à-dire : « comme pendant la période de la canicule » par référence à cette période des mois de juillet et d’août, et bien que le thermomètre avoisine ou dépasse les 30° en ce moment, ne pas parler encore de « canicule ».
C’est dans cette période, à cheval sur juillet août, que l’on trouve les fêtes de saints qui sont presque tous représentés dans la tradition chrétienne, avec un chien. Saint Roch, saint Christophe, saint Dominique aussi parfois ! Mais tout ceci est moins historique.
Qui de nous pense à tout cela quand il se plaint de la forte chaleur, en période de canicule ? On dit plutôt : « il fait un temps de chien » quand il ne fait pas beau…Bizarrerie de nos expressions populaires.
Ce mois de juillet 2009 nous amène deux éclipses, une de lune et une de soleil. Je rappelle que lorsque la pleine lune se produit à un nœud lunaire il y a éclipse de lune et si la nouvelle lune a lieu au voisinage d’un nœud lunaire il y a éclipse de soleil. Les plantes ressentent intensément ces phénomènes. Il faut les laisser se reposer ces jours là.
Je rappelle aussi que c’est toujours au moment du nœud lunaire, et à plus forte raison quand la lune est à son périgée ou à son apogée et quand elle change de phase qu’on observe des perturbations, sans pouvoir dire avec précision où elles vont avoir lieu. Pour ce qui est de la nouvelle lune, depuis le mois de janvier de cette année les observations se sont vérifiées. Cette année en effet le cycle lunaire se rapproche de notre calendrier selon la loi de Méton dont je vous ai déjà entretenus. C’est ce qui permet de prévoir le temps en observant la course des astres, ce qui bien sûr n’a pas la même précision que les observations des satellites ou des astronomes et autres météorologues.
La pleine lune tombe le 7, à son apogée avec un nœud lunaire le 8. Il y a une éclipse de lune. La courbe de la lune va devenir « montante à partir du 8 juillet. Ca va être le moment de marcotter les glycines et les bignones, de raccourcir les rameaux non productifs des pommiers et des poiriers ( il faut couper après la 5ème feuille). Pour la vigne il faut tailler les rameaux qui portent des grappes, deux feuilles après la dernière. Même chose pour les tomates, les courges et courgettes et les concombres. On dit « pincer ».
C’est le moment de cueillir les fleurs de camomille, de soucis, de lavande, de tilleul, et les faire sécher pour faire des tisanes.
Vers le 15 juillet, on pourra couper, en milieu de journée, par beau temps, avant leur floraison, les plantes aromatiques, estragon, marjolaine, origan, romarin, sarriette, sauge, thym, puis les faire sécher. Cette période est aussi favorable pour faire du purin d’ortie ou de consoude.
Le 22 juillet avec la canicule qui arrive et le thermidor des révolutionnaires, ce sera la nouvelle lune, le périgée de sa courbe, un nœud lunaire et une éclipse de soleil, il est vrai visible seulement quelque part au Nord de l’Inde ou au Centre de la Chine. On ne sait jamais ! si vous êtes par là ! Avec le risque qu’il fasse autour de ces jours « un temps de chien » ! Certainement des orages..ici ou là.
Voyons ce que disent les dictons des saints fêtés à ces dates. Le 7 juillet pour la saint Raoul : « Quand à saint Raoul le soleil brille, c’est le moissonneur qui grille ! » Gageons qu’il fera encore très chaud cette année. Le 8, pour la sainte Virginie, « la récolte des fraises est finie » dit-on en Picardie. Et à la saint Edgard, ce même jour : « On entend du coucou le dernier chant » trouve-t-on en Aquitaine.
Le 22 juillet c’est la grande fête de la Saint Madeleine, celle de Vézelay mais aussi celle de Provence. C’est la même... on a partagé ses reliques ! cette date marque un grand changement que nous soulignent tous les proverbes à son sujet. En voici un bouquet : « A la sainte Madeleine, la noix est pleine, la noisette est bonne à manger, le raisin formé, le blé au grenier, la paille au pailler ». Mais « S’il pleut à la sainte Madeleine on voit pourrir noix et châtaignes » ou encore « Si à la sainte Madeleine soufflent les vents, ils emportent les figues avec les dents ». On dit aussi en référence à la fameuse scène où la pécheresse après avoir baigné les pieds de Jésus de ses larmes, les oint de parfum et les sèche avec ses longs cheveux « A la saint Madeleine, il pleut souvent, car elle vit son maître en pleurant ». On trouve aussi « S’il pleut à la sainte Madeleine il pleut durant six semaines » aie ! pour notre mois d’août et nos vacanciers.. ou « s’il pleut pour la Madeleine, il faut six semaines pour calmer sa peine ». Je ne ferai pas d’autres prévisions.
Le 25, c’est la fête du Grand Saint Jacques, le Majeur, celui de Compostelle. Sa fête est un jour « pronostic » pour l’hiver prochain « Si saint Jacques est serein, l’hiver sera dur et chagrin » et aussi « le vingt-cinq sans pluie, hiver rigoureux ».
Je ne citerai plus pour ce mois que la fête de saint Germain, dit l’Auxerrois, car pour terminer ce mois de juillet 2009, tous les proverbes pour ce jour sont très favorables : « Chaleur du jour de saint Germain, met à tous le pain dans la main » et encore, « S’il pleut à la saint germain, c’est comme s’il pleuvait du vin »
Que vous souhaiter de plus pour ce mois de juillet.. du pain et du vin !

Addisias !

Jean Mignot le 1er de juillet 2009


01 juin 2009

Chronique du Temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


Du mois de juin 2009


Juin est un mois qui commence presque toujours avec des sautes d’humeur, comme le temps qu’il fait pendant le tournoi de Roland Garros. Cette période bien connue des météorologistes a été baptisée « la mousson d’Europe ». C’est un mois qui souffle le chaud et le froid, ce qui lui vaut toute une kyrielle de dictons, qui disent tout et le contraire, tant on a besoin que ce mois soit beau pour les foins et pour les moissons.

« Chacun sait, ma saison est belle,
Je suis le mois de juing nommé
Qui fait tondre, la chose est telle,
Brebis, moutons a grant planté.
En tous temps doit estre loué
Celluy qui tant de biens envoyé,
Car en mon temps, c’est vérité,
Abondent tous biens à montjoye… »

Grand Calendrier des bergers, Guiot Marchant 1496

Qualifié de « mois « brillant » de Charlemagne », sans doute à cause de la victoire de celui-ci sur les Lombards en 774. Juin est le mois des jours les plus longs, le mois des roses, de la fauchaison, de la fenaison dans le Midi, de la taille « au vert », des dernières semailles du maïs, du sarrasin et des légumes d’automne. C’est le temps des cerises, des groseilles, des framboises, de la splendeur de la nature et de ses récompenses. Juin nous amène les jours les plus longs avec douze minutes de plus soit une durée de seize heures pour la course du soleil, au moment de son solstice.
La pluie de juin est donc redoutée car si elle est persistante elle va entraîner un déficit de chaleur qui pourrait occasionner la dégénérescence des fruits et le pourrissement des fleurs. Le pollen entraîné par les averses, « coule » avant qu’il n’ait pu féconder les fleurs.
« Juin pluvieux vide celliers et greniers » ou encore « Eau de juin ruine le moulin » par voie de conséquence. ! « Temps trop humide en juin, au paysan est grand chagrin ».
On préfère souhaiter du beau temps : « Beau mois de juin, change herbe rare en beau foin » ou « Beau temps en juin abondance de grain ». La vigne participe à cette allégresse : « Prépare autant de tonneaux qu’en juin seront de jours beaux ».
Las ! Juin c’est le mois de la Saint Médard, le saint sans doute le plus célébré par la verve « dictonne » : « S’il pleut à la saint Médard, il pleuvra quarante jours plus tard ! ». Il faut pourtant apporter ici une précision d’importance. Ce dicton daterait du XI ème siècle. A cette époque, on vivait encore sous le calendrier julien. La saint Médard était alors située le 20 juin, à proximité du solstice d’été qui était alors le 24 juin, période où la lumière solaire est la plus vivifiante, et époque où les influences astronomiques peuvent amener des troubles atmosphériques se traduisant par des orages et de la pluie. S’il fait beau ou pluvieux ce jour-là, les conditions de la saison s’en ressentiront sûrement. Cette forte croyance populaire avait donc sous le calendrier julien des bases météorologiques solides. Avec les modifications du pape Grégoire XIII en 1582, la saint Médard gagna douze places (8 juin) et sa pluie a perdu l’importance que les adages populaires continuent de lui prêter. On adopta alors saint Barnabé pour donner un sens restrictif aux dictons de la saint Médard. Mais les automatismes ont la vie dure ! « Quan ploou pers an Médar, De la recolto empouerto un quar ; Quan ploou pa, N’empouerto la mita. »
(Quand il pleut pour la saint Médard, de la récolte il manque un quart, quand il ne pleut pas, il en manque la moitié).
En réalité, comme je l’ai si souvent rappelé ici, c’est de l’influence de la lune qu’il faut parler. Voyons donc où en est sa courbe avec les passages délicats qui sont toujours sources de perturbations.
La pleine lune est le 7 et elle sera à son apogée le 10. On peut penser qu’il pourrait faire beau temps. Voyez les nuances… malgré la saint Médard le 8 juin.
Pour ce qui est du personnage du saint et de sa fête en ce 8 juin, il n’y a qu’une lointaine relation de cause à effet. En effet saint Médard était un jeune picard, né à Salency, en 457, puis devenu évêque de Noyon. Il est connu pour être resté tout un jour sous une pluie battante – sans doute une de ces violentes pluies d’orages fréquentes en ces périodes - sans être mouillé. De là à en faire un « marchand de parapluies » !
Au siège de Namur, en 1692, la saint Médard n’a pas failli à sa renommée. « Le beau temps se tourna en pluies, de l’abondance et de la continuité desquelles personne de l’armée n’avait vu d’exemple, et qui donnèrent une grande réputation à saint Médard. Il plût ce jour-là à verse, et on prétend que le temps qu’il fait ce jour-là dure quarante jours de suite. Le hasard fit que cela arriva cette année. Les soldats, au désespoir de ce déluge, firent des imprécations contre ce saint en recherchant, des images et les rompirent et brûlèrent tant qu’ils en trouvèrent. » écrit Saint-Simon dans ces Mémoires.
On ne peut dissocier Saint Médard de son compère Barnabé. : « Quand il pleut à la saint Médard, si Barnabé ne lui ferme pas son bec, il pleut quarante jours après ! » C’est ce qui justifie le dicton suivant : « Le jour de la saint Barnabé ( le 11 juin), est le plus beau jour de l’année. » C’est lui en effet qui vient : « Couper l’herbe sous les pieds » de son compère, baptisé de « grand pissard » et « reboutonner sa culotte ». Pour faire le pendant à son compère Médard, on dit que Barnabé était « marchand d’ombrelles » !
Mais s’il pleut pour la saint Barnabé, c’est un mauvais présage : « S’il pleut pour la saint Barnabé, mauvaise affaire ! ».Avec leurs compères Gervais et Protais que l’on confond souvent avec les saints de glace dont je vous ai entretenus le mois derniers, les choses ne vont pas mieux : « S’il pleut à la Saint Gervais ( ou la veille) pour les bleds, c’est mauvais signe, car d’iceux la tierce partie est ordinairement pourrie, à cause que pendant trente jours le temps humide aura son cours. Que si tel jour était serein, qu’on assure d’avoir du grain ». Observons donc le temps de ce 19 juin pour les récoltes et aussi pour organiser nos fêtes et réunions de famille de cet été.
Le nouveau mois lunaire cette année, commence le 22, lendemain du solstice d’été, et la courbe de l’orbite lunaire à son périgée le 23. C’est dire qu’on peut prédire presque à coup sûr des perturbations atmosphériques ces jours-là. Ou des orages ! La fête de la musique et les feux de la saint Jean ne vont pas se dérouler sous les meilleurs auspices. Je peux me tromper. Je ne suis pas astrologue et encore moins météorologue.
Pour donner une note plus sereine je parlerai encore ici de la fête de la musique, désormais fixée au 21 juin alors que l’origine sa véritable origine serait à situer pour la belle fête de la Saint jean le 24, puisque c’est à cette fête que l’on doit le nom des notes de la gamme.
C’est un moine, Guy, de la petite ville d’Arezzo en Toscane, proche de Sienne, qui au XI ème siècle, en recherchant à la fois un système de notation musicale et un système de codification des intervalles musicaux, a imaginé ce qu’on désigne aujourd’hui par le mot de « gamme ». Alors qu’auparavant les notes étaient choisies dans les premières lettres de l’alphabet, c’est lui qui inventa le procédé mnémotechnique par lequel on nomme les notes de la gamme dans les pays latins, à partir des syllabes initiales de chaque vers de l’hymne des Vêpres de la fête de saint Jean Baptiste :

Ut queant laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum
Solve polluti
Labii reatum
Sancte Ioannes.

Ce qui signifie approximativement:( Pour que puisse résonner sur les cordes détendues de nos lèvres, les merveilles de tes actions, enlève le péché de ton impur serviteur, O saint Jean.) et n’a pas grand chose à voir avec la musique elle-même !
Ce détail historique est bien connu des bons amateurs de musique, même si quelques chercheurs tentent une nouvelle approche, comme récemment en 1988 MM Chailley et Viret dans La Revue Musicale, qui voudraient interpréter autrement cette origine du nom des notes. Ce serait dommage d’effacer cette jolie histoire !
La musique est bien au cœur du solstice et de la fête du grand saint Jean. Cette belle fête d’été se situe au moment où le soleil brille le plus longtemps. Elle a remplacé les fêtes païennes du solstice d’été et les feux de joie que l’on allumait un peu partout dans les campagnes au soir du 23 juin, tradition qui s’est perpétuée à travers les siècles et encore aujourd’hui dans nos campagnes et même à Paris au pied de la Butte de Montmartre. Seuls la sécheresse et les risques d’incendie, ou les orages, viennent perturber ces vieilles coutumes !
"A la Saint Jean, les feux sont grands " Pour ces feux, on collectait autrefois, fagots et bûches, de maison en maison : tout refus attirerait des calamités sur la famille ! A la nuit noire, le bûcher était allumé par le prêtre, ou parfois les derniers mariés, ou encore des enfants prénommés Jean ou Jeanne. Rondes et concours de sauts allaient bon train. On récitait des prières.
La fumée du feu de la saint Jean est sensée protéger enfants et animaux des maladies et paraît propice à la fécondité. C’est le moment, pour les jeunes couples, de faire connaître leur intention de mariage sautant au dessus du feu main dans la main. Pour autant, ce n’est pas la bonne époque pour la noce : gros travaux obligent ! On attribue aux feux de la saint Jean des pouvoirs « fécondants ». On brûle plantes parasites et animaux répugnants comme les serpents, les rats, les crapauds. La braise, recueillie dans un sabot, est répandue dans un champ ou un jardin pour éloigner les nuisibles. Les cendres ont des vertus purificatrices pour les couples et les animaux ; Un tison placé sur le rebord de la fenêtre protège de la foudre ou de l'incendie.
Au matin de la Saint Jean, il est bon de puiser de l’eau à trois endroits différents pour se préserver des maladies de peau. La nuit du 23 au 24, à la clarté de la lune, « al rai de la luno », ou le matin, avant l’aube, il faut cueillir les fameuses « herbes de la saint Jean », « lis erbo de sant Jan » appelées aussi « li planto de la luna ». C'est en effet, lors du solstice d'été que les plantes contiennent le plus d'énergie.
On en dénombre une bonne trentaine. La plus réputée est le millepertuis qui protège du tonnerre, chasse le diable. On l’appelle chez nous « l'erbo de l’oli rouge » car on fait infuser les sommités dans le l’huile. Auparavant on fait passer les graines cueillies, par trois fois dans la flamme du feu en criant : « Sant Jan la grano ! ». On l’appelle aussi la « casso-diable ». Vient ensuite l'armoise ou « ceinture de saint Jean ». Plutarque disait que l ‘écume ramassée sur l’infusion de cette plante, préservait les bergers de la morsure des serpents, et Apulée affirmait que porter de l’armoise sur soi empêche de sentir la fatigue du voyage. C’est l’herbe de la route bien connue des pèlerins. « Se sabiés li vertu de l’artemiso, n’en garniries l’orlet de ta camiso » « si tu savais les vertus de l’artémise, tu en garnirais l’ourlet de ta chemise » Elle passe pour avoir des vertus pour guérir le mal des yeux. On dénombre aussi l'orpin « poivre de muraille » ; la verveine qui aurait le pouvoir de prémunir contre les cauchemars ; l'immortelle « herbe de saint Pierre » ; la fougère mâle qui fleurit à minuit sonnant, et produit ses graines et les sème dans l'heure qui suit ; l'épervière, plante du soleil, employée par les druides pour chasser les démons, la sauge, la camomille, ou encore le salsifis sauvage pour préparer des remèdes capables de guérir bêtes et gens. Les pétales de lys seront présentés à la flamme puis mis à macérer dans l’eau de vie et serviront à soigner les plaies, notamment les brûlures, en prononçant cette formule : "Saint Jean le Désiré, où es-tu donc resté? Derrière un pied de blé fleuri et grainé ?" On trouve aussi dans la liste les feuilles de noyer et le lierre terrestre
Ces plantes sont montées en bouquets, en croix ou en couronnes et mises au fronton des portes afin de porter bonheur, c'est : « le bouquet de la bonne aventure »
Nous n’oublierons pas, dans la nuit de la saint Jean, de cueillir les noix, ou les feuilles du noyer, pour faire le vin de noix à offrir aux amis.
Voilà pour ce mois de juin dont l’étymologie na pas été établie avec certitude. Peut-être que ce nom viendrait de l’époque de la république, à Rome et du premier consul Junius Brutus, fils adoptif de Jules César.
On dit aussi que « juin » viendrait de juniores, « jeunes gens », tout comme « mai » viendrait de majores, « hommes âgés ». La chose la plus probable, compte tenu que le nom de ce mois vient du premier calendrier romain, est que « Juin » vient bien de Junon, selon une habitude courante chez les habitants du Latium à cette époque, de dédier à un dieu chacun des mois de l’année avant qu’on ne fixe des noms liés au système numérique.
C’est le mois des mariages et des mères à cause de la référence à Héra et la maturité qu’elle symbolise. Des quantités de croyances et légendes populaires en découlent dont par exemple la tradition en vigueur dans les temples de Junon qui voulait que les femmes se coiffent en séparant leur chevelure en deux, théoriquement avec la pointe d’une lance, pour symboliser la fusion des principes lunaire et solaire. C’est sans doute l’origine de cette coiffure des jeunes filles que l’on appelle les couettes !
C’est à cette date que les domestiques saisonniers sont loués pour les grands travaux de l’été : un nouveau cycle commence.
Bon mois de juin ! Addisias.
Jean Mignot le 1er du mois de Juin 2009

07 mai 2009

Chronique du temps qu'il fait et des saisons, des dictons, fêtes et traditions


du mois de mai 2009


Voici le mois de mai que nous attendons tous, en particulier à cause de la série de ponts et de jours fériés qu’il amène, en espérant bien sûr qu’il va faire beau, malgré la lune rousse qui, au milieu de sa course autour de nous avec son cortège de saints de glace, nous invite à rester prudents, même si le ciel est provisoirement au beau fixe.
Comme on vous a déjà tout dit sur le 1er mai et son origine ou sur le muguet, porte-bonheur, charmante coutume, peu ancienne et à l’origine douteuse, j’ai cherché pour trouver sur quel sujet vous entretenir. J’ai voulu éviter ce qu’on appelle, dans le jargon des salles de rédaction, un «marronnier » c’est à dire un sujet incontournable qui revient à date fixe, comme le sapin de Noël ou les chrysanthèmes de la Toussaint. Mais voilà, un marronnier en journalisme étant un article d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un événement récurrent et prévisible, j’ai cherché à faire plus « original » et nouveau ! Déjà en donnant ici une explication sur ce qu’est un « marronnier ». Pour ma part j’avoue que je ne connaissais pas cette expression. Tout comme le marronnier (l'arbre) qui invariablement, tous les ans, produit ses fruits, le marronnier journalistique reproduit les même sujets avec plus ou moins d'originalité. Les sujets débattus dans un marronnier sont souvent simplistes, parfois mièvres.
L’origine de ce terme, viendrait, dit-on, d’un beau marronnier qui fleurissait chaque début de printemps sur la tombe des Gardes Suisses tués par les émeutiers le 20 juin 1792. Tous les ans, un article paraissait dans la presse pour relater l'évènement, de faible importance il est vrai, mais attendu par les lecteurs.
Le « marronnier » a cette particularité de gêner plus celui qui écrit, que le lecteur : le premier doit transformer ce qu'il ressent souvent comme une corvée en un papier comportant une accroche ou un angle d'attaque nouveaux et intéressants, tandis que le second serait frustré, à juste titre, de ne pas voir les repères du cycle annuel (les fêtes, par exemple) ou les efforts d'organisation d'un événement par une association ou un comité. Comment faire preuve d’originalité alors, puisque la qualité première du « marronnier » est qu'il n'est jamais rédigé dans l'urgence, puisque sa parution est programmée… d'une année sur l'autre, presque comme mes chroniques !
Voici donc une chronique qui parle plus des coutumes et traditions puisque sur le mois de mai, la lune rousse et les saints de glace je vous ai presque tout dit avec toute une litanie de dictons, dans ma précédente chronique. Je fais seulement remarquer que le temps n’est pas si beau que ce que l’on voudrait et que personne n’a encore parlé de lune rousse !

Le nombre de commémorations, de fêtes ou de journées dédiés à telles ou telles causes plus ou moins importantes, chacune pouvant à elle seule justifier un jour férié et des manifestations, atteint le chiffre record de 19 pour ce seul mois.
Cela va de la très grave Journée mondiale de l’asthme, le 2 mai, c’est la période des allergies avec le pollen des plantes des arbres et des fleurs, à la Journée des espèces menacées le 11, à celle de la lutte contre l’homophobie le 17, en passant par la Journée européenne de la mer le 20, ou par celle de diversité culturelle le 21. Je relève encore la si noble cause des enfants disparus le 25, ou à plus originale Journée de la Serviette le 25, Towel Day, qui célèbre par le port d’une serviette le deuil de l’auteur de science-fiction Douglas Adams, ou à la plus fantaisiste Journée sans pantalon le 5 mai.. une certaine idée de la liberté, qui remonterait aux années 1985/1986, inventée probablement à l’Université d’Austin, journée où le port du pantalon, est banni, mais celui des jupes, robes shorts et kilts! mais oui ! Il y a des photos très drôles sur internet sur ce sujet. Il faudrait aussi citer en début de mois la fête de Beltaine grande fête religieuse de l’année celtique, qui après la fête de Samain, marque la fin de la saison sombre, (voir Halloween en début novembre). Il ne faut pas oublier la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai, ou le si grave Mémorial day du dernier lundi de mai aux USA. La belle fête des Voisins le dernier mardi du mois soit le 26 mai cette année, prend de plus en plus d’ampleur. Elle est due à Atanase Périfan, qui avait lancé cette idée dans le 17ème arrondissement de Paris en 1999. Il y a encore le National Sorry Day, qui est lui un évènement australien de demande de pardon aux Arborigènes pour le tort causé à leurs familles. Il y a encore le Cinco de Mayos au Mexique qui remémore la triste expédition française du Mexique, le Kodomo no hi Jour des enfants au Japon. Et encore l’anniversaire de Boudha le 2 mai cette année, sans oublier nos amis Canadiens avec leur fête de la Reine ! et j’en oublie sûrement !
Voila de quoi alimenter nos échanges et discussions et des prises de position plus ou moins sérieuses.

Je parlerai quand même du 1er mai car indépendamment de l’actualité il nous amène facilement à la question du repos dominical En 1889 le congrès de la IIème Internationale socialiste réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française, avait décidé de faire du 1er mai un jour de lutte à travers le monde avec pour objectif la journée de huit heures, en mémoire du mouvement du 1er mai 1886 de Chicago.
Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures de loisirs. Cette marque est progressivement remplacée par une fleur d'églantine, puis en 1907 par un brin de muguet, souvent associé à une rose rouge ou à quelque chose de rouge.
On a un peu trop vite oublié les longues luttes qui ont abouti à faire du dimanche un jour non travaillé. Il faut se souvenir que, en France, le dimanche est devenu jour de repos et de la famille après une longue mutation qui s’amorça au milieu du XVIIIème siècle pour s’achever en 1906.
Des Philosophes des Lumières, farouches anticléricaux et libéraux, jusqu’au Premier Empire autoritaire, avaient jugé à l’instar de Napoléon que « si le peuple mange le dimanche, il doit pouvoir travailler le dimanche. » Cependant entre 1802 et 1814, le dimanche chômé est prévu pour les administrations publiques et les institutions judiciaires.
C’est sous la Restauration, en 1814, qu’une première loi imposa le repos dominical assorti de sanction financière et pénale pour ceux qui ne l’appliqueraient pas.
En parallèle, héritée du mouvement révolutionnaire de 1789, naissait dans le milieu ouvrier la culture contestataire de la "Saint Lundi". Ces défenseurs du lundi chômé refusaient le symbole religieux contenu dans ce 7ème jour de la semaine ; ces laïcs militants profitaient également de cette journée de repos pour organiser des meetings politiques, les rassemblements syndicaux et les déjeuners citoyens.
Avec l’arrivée des Républicains en 1879, une série de dispositions législatives et réglementaires laïcisent le pays. En 1880 ils votent l’abrogation de la loi de 1814, du même coup celle du repos dominical. L’employeur est seul juge pour accorder ou non un jour de repos hebdomadaire et libre de fixer ce jour. Une forte opposition va naître contre cette loi rassemblant aussi bien les membres du clergé, la droite traditionaliste, les partisans de la famille, des socialistes réformateurs ou encore des médecins hygiénistes alertés par les conditions de travail et de santé des employés. Leurs nombreux arguments sont aussi divers que variés : renforcement du lien familial garant des bonnes mœurs, éducation de la masse ouvrière par des activités culturelles inaccessibles en semaine, repos du corps, diminution du risque de délabrement physique ou moral, augmentation de la productivité, le devoir d’assister à la messe, l’unification du rythme de vie de tous les citoyens, mais aussi faciliter la tâche… de l’inspection du travail ! La déchristianisation étant assez avancée et les preuves de la laïcité de l’Etat faites, le caractère religieux du dimanche pouvait passer largement au second plan. Mais au sein du mouvement ouvrier comme chez certains grands patrons, c’est un tollé. L’attention y est surtout focalisée sur la mise en place ou non des « trois-huit » et de nombreuses raisons de réticence au dimanche chômé subsistent. Certains craignent une baisse conséquente des salaires, d’autres y voient une entrave à la liberté du travail ou encore un renforcement de l’emprise cléricale et surtout une mesure de plus prise dans le processus de « disciplinarisation » de la main-d’œuvre.
Finalement après de multiples débats houleux, le repos hebdomadaire, pour le privé comme pour le public, pour les femmes comme pour les hommes, est fixé au dimanche. Mais ce n’est qu’après la guerre de 14-18 qu’il sera réellement appliqué et encore avec des difficultés – commesouvent - dans l’industrie et le commerce. Notons également qu’en 1917, la semaine anglaise apparaît – bien que confinée dans un cadre étroit puisque appliqué uniquement aux ouvrières du textile ; cette mesure sera appelée « le samedi du balai ». Elle sera finalement généralisée en 1936, lors de la mise en place de la semaine de quarante heures qui prolonge sensiblement le repos hebdomadaire ; la semaine de cinq jours était née. Et maintenant on a les 35 heures !
Alors va-ton en 2009 oublier cette histoire récente et céder à la pression des groupes financiers, commerciaux ou industriels, avides de main-d’œuvre peu onéreuse et toujours disponible, pour abroger la loi de 1906. Outre la rentabilité économique et l’augmentation des emplois, les arguments invoqués détournent les arguments familiaux de 1906 : cela répondrait, dit-on, à une demande des consommateurs de faire leurs courses et activités culturelles le dimanche. A cela on peut citer le rapport du Conseil Economique et Social qui, en 1989, a détruit un à un ces arguments en affirmant qu’au contraire cela entraînerait la destruction du commerce de proximité, l’affaiblissement financier des fournisseurs, le développement du consumérisme et par-dessus tout, l’exclusion familiale et sociale des employés travaillant le dimanche. Une circulaire ministérielle en 1994 rappelle encore « ce principe fondamental du repos dominical » en précisant : « Le respect de cette réglementation constitue à la fois une règle protectrice des salariés et une condition du maintien de l’égalité entre commerçants ». Souhaitons que nos ministres de 2009 aillent rapidement faire un tour dans leurs archives, cela leur évitera d’une part de se contredire tous les dix ans et d’autre part d’oublier ces siècles de combats d’hommes et d’idées de tous bords, pour ce repos, pour tous, le dimanche.

J’aimerai faire un autre rappel d’une bien vieille tradition de l’histoire de nos ancêtres. Une très vieille coutume voulait que ce soit le mois où se tenaient les assemblées politiques. Nous en avons quelques exemples récents !
En réalité, cela se passait d’abord au mois de mars chez les Francs. Les guerriers se réunissaient autour de leur chef, dans un lieu qu’on appelait « le Champ de Mars ». Si le discours des chefs plaisait, les guerriers applaudissaient en frappant leurs boucliers de leurs framées. Sinon ils étouffaient sa voix par des murmures. Les framées ont été remplacées par les vociférations de nos élus dans les assemblées qui ne pouvant plus faire claquer leurs pupitres jouent à qui crie le plus fort ! Je préciserai aussi que chez les Francs, il n’était pas question d’absentéisme ! Ceux qui ne participaient pas s’excluaient d’eux-mêmes de la vie publique ! Sujet récurent encore aujourd’hui !
Sous Charlemagne, la date de ces assemblées fut repoussée au mois de mai. Les évêques, qui sous Clovis avaient été admis à ces assemblées, avaient pris un rôle prépondérant, rejoignant le pouvoir des comtes et seigneurs et le rôle des guerriers s’effaçait peu à peu. Ces assemblées disparurent à la fin de l’empire carolingien ; « les champs de mai » furent remplacés par « les Etats Généraux ». On se souvient en particulier de ceux de mai 1302 sous Philippe le Bel et de ceux de mai 1789 ! Quand on voit les difficultés de faire des réformes, on peut se demander parfois à quoi tout cela à servi !

Pour ce qui est de la coutume du muguet, il semble que le « lys des vallées », une plante originaire du Japon, soit présente en Europe depuis le Moyen-Age. La plante à clochettes a toujours symbolisé le printemps et les Celtes qui lui accordaient des vertus porte-bonheur.
Le 1er mai 1561, le roi Charles IX officialisa les choses : ayant reçu à cette date un brin de muguet en guise de porte-bonheur, il décida d'en offrir chaque année aux dames de la cour. La tradition était née.
La fleur est aussi celle des rencontres amoureuses. Longtemps, furent organisés en Europe des "bals du muguet". C'était d'ailleurs l'un des seuls bals de l'année où les parents n'avaient pas le droit de cité. Ce jour-là, les jeunes filles s'habillaient de blanc et les garçons ornaient leur boutonnière d'un brin de muguet.

J’aurai pu parler ici de « l’arbre de mai » rite de fécondité lié au retour de la frondaison, qui symbolise les forces de la nature domestiquées par les ancêtres. Maibaum en Bavière, Meyboom à Bruxelles, Mai de Silly dans le Hainaut, arbre planté devant le domicile des élus, en Corrèze, en Dordogne, dans le Limousin ou en Val d’Aoste et aussi dans les village de nos Cévennes, et de façon plus répandue dans tout le monde occitan, avec toutes sortes de variantes locales comme à Cucuron dans le Vaucluse, ou dans les landes.. Et de bien d’autres coutumes locales !

Quant aux vieux dictons pour ce mois j’en citerai encore quelques-uns en guise de conclusion, en vous invitant à relire ma précédente chronique pour ce qui est de la lune et du temps. « Chaleur de mai verdit la haie » comme on dit en Savoie, ou « Dieu nous garde de la poussière de mai et de la fange d’août » comme on dit en Corrèze. En Beauce on trouve « Du mois de mai la chaleur fait de tout l’an la valeur, mais s’il est pluvieux, c’est le laboureur qui est heureux ». Pourtant la pluie de mai peut faire pourrir les glands indispensables pour nourrir les cochons « Eau de mai tue le porc de l’année ».Il est vrai qu’on les nourrit aujourd’hui de toute autre façon ! Plus prudent, ce n’est pas en Normandie mais dans les Ardennes qu’on trouve « Mai fait, ou défait ! ». Pas de risque de se tromper. Dans le Vaucluse on dit « Mai humide, beaucoup de paille et peu de grain ; aujourd’hui fèves et demain faim ».
Quant aux conseils de prudence on trouve tout et son contraire : « Celui qui s’allège avant le mois de mai, certainement ne sait pas ce qu’il fait » rejoint le vieux dictons si connu qui recommande de ne pas quitter un fil en avril. Mais on si on dit en Provence « Mai, quitte ce qui te plait », en Lorraine on préfère rester sur la réserve « Pendant le mois de mai, couvre-toi plus que jamais ».
Ce que reprend ce dernier dicton que je vous laisse en conseil « Mai, va comme il te plaît, quoique encore on ne sait ! »

Addisias !
Jean Mignot le 7 mai 2009

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